L' AIGLE ET LE VAUTOUR

L' AIGLE ET LE VAUTOUR

THE EAGLE AND THE HAWK

Un film de guerre de Stuart Walker

68  mn

Avec Fredric March, Cary Grant, Carole Lombard, Jack Oakie, Sir Guy Standing, Forrester Harvey, Douglas Scott
Scénario de Bogart Rogers, Seton I. Miller
D'après John Monk Saunders
Musique de Karl Hajos
Photo de Harry Fischbeck

RESUME
Durant la Grande Guerre, un pilote américain reçoit enfin l'ordre d'aller se battre en France. Son enthousiasme sera de courte durée car les hommes qui lui sont confiés pour effectuer des missions d'observation sont tués les uns après les autres.

COMMENTAIRE
Ce n’est pas un hasard si on retrouve là l’esprit de « La patrouille de l’aube » de Howard Hawks. Comme lui, « L’aigle et le vautour » est tiré d’un récit de John Monk Saunders coadapté par Seton I. Miller. Egalement auteur des « Ailes » et de « Pilotes de la mort » de William Wellman, de « Last Flight » de William Dieterle, Saunders témoigne de son expérience de pilote durant la Première Guerre mondiale. Même s’il ne combattit jamais en France, ses récits restent imprégnés d’une noirceur caractéristique des écrivains de la génération perdue. A l’opposé des films sur l’aviation de guerre qui verront le jour dans les années quarante et cinquante, ceux tirés de son œuvre - sortis dans les années vingt et trente - décrivent des pilotes désabusés, cyniques, ébranlés par cette confrontation permanente avec la mort. « L’aigle et le vautour » est de ce point de vue l'un des plus terribles exemples jamais réalisés. En rupture totale avec ce cinéma hollywoodien qui s’évertue à trouver des fins heureuses, le film ne cesse de devenir plus sombre à mesure qu’il progresse, pour terminer sur une touche tellement noire qu’elle en devient sordide. Ces pilotes en sursis qui côtoient continuellement la mort à travers la disparition des hommes qui les entourent ou par le danger des missions qu’ils accomplissent, initie une réflexion sur le prix de la vie, le sens du devoir, l’honneur. Cette réflexion, qui n’a certes pas l’intensité de celle de la « Patrouille de l’aube », forme le contrepoint au parcours de ce pilote héroïque qui sombre doucement dans le désespoir à mesure qu’il voit disparaître ceux qui l’entourent. Cette descente en enfer décrite en un peu plus d’une heure manque de quelque subtilité, elle n’en est pas moins stupéfiante. Alors que Cary Grant a toujours cette tendance à en faire trop, que Carol Lombard interprète un rôle minuscule peu conforme avec l’image de grande vedette qu’elle a laissée, Frédéric March est impressionnant dans ce personnage de pilote désabusé. A l’instar des raccords, la réalisation est parfois imprécise, ce qui explique peut-être pourquoi le réalisateur est resté un illustre inconnu. Mais une belle idée vient tout de même souligner une scène terrifiante : la lumière éclaire le visage de Grant de manière à ce que ses orbites soient totalement noires.

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