LA COURSE DE BROADWAY BILL

LA COURSE DE BROADWAY BILL

BROADWAY BILL

Une comédie dramatique de Frank Capra

102  mn

Avec Warner Baxter, Mirna Loy, Walter Connolly, Helen Vinson, Douglas Dumbrille, Raymond Walburn, Lynn Overman, Clarence Muse, Margaret Hamilton, Frankie Darro, George Cooper, George Meeker
Scénario de Robert Riskin
D'après Mark Hellinger
Musique de Louis Silvers
Photo de Joseph Walker
Produit par Harry Cohn

RESUME
Préférant son cheval au poste de directeur qu'il occupe dans une des usines de son beau-père, un homme quitte tout pour se consacrer aux courses. Sans un sou, il devra trouver les moyens de payer une écurie, ainsi que les inscriptions pour les courses.

COMMENTAIRE
Si l’on en croit le sociologue et économiste allemand Max Weber, l’esprit du capitalisme trouve ses origines dans le protestantisme calviniste où le fidèle voit dans la réussite professionnelle la confirmation qu’il est un élu de Dieu. Quand on sait que les protestants venus d’Europe, les puritains en particulier, ont pris une part importante à la conquête des Etats-Unis, on comprend que le pays, plus que tout autre, repose sur des valeurs de « réussite » économique où le fait de parvenir à s’enrichir est le signe que Dieu vous a choisi. Cette ascèse du travail, cette obstination à sacrifier son bien être dans une tâche qui débouche sur l’accumulation de richesses, a de quoi dérouter le petit catholique sicilien débarquant en Amérique qu’est Frank Capra. Porté par des valeurs différentes, latin de tradition, on conçoit aisément qu’il ait cherché à dénoncer cet esprit lorsqu’il est devenu le réalisateur qu’on connaît. Le titre de l’un de ses plus grands succès, « Vous ne l’emporterez pas avec vous », « You can take with you » en anglais, indique qu’il mésestime la portée spirituelle de l’esprit capitaliste. Car à la lumière des théories de Weber, rien n’interdit de penser que c’est justement dans l’espoir d’« emporter avec lui » la préférence de Dieu que le capitaliste agit ainsi. Le héros de « La course de Broadway Bill » dénigre le poste de directeur que lui a offert son beau-père, un riche industriel héritier d’une famille influente, pour se consacrer à sa passion des chevaux et des courses. Alors qu’il avait un avenir assuré et une situation enviable, cet homme choisit de tout abandonner pour prendre son destin en main et faire ce qu’il aime. Les gendres qui continuent de diriger l’empire familial sont, quant à eux, des pleutres obéissants et sans personnalité. Le film associe la réussite sociale et la course à l’enrichissement personnel à une forme d’aliénation. Les motivations impliquant l’argent et le pouvoir sont ridiculisées, tandis que l’épanouissement personnel et la réalisation de soi sont encouragés. Cette thématique est récurrente dans l’œuvre de Capra. On la retrouvera plus appuyée encore dans « L’extravagant Mr Deeds » ou « Vous ne l’emporterez pas avec vous », ses futurs chefs-d’œuvre. En 1934, avec une Amérique qui vit sa pire crise économique, le capitalisme paraît avoir montré ses limites. Face à cette conjoncture, l’idéalisme de Capra n’a pas de mal à trouver un écho favorable. Or, il ne fait peut-être qu’exprimer les conceptions existentielles qui séparent protestants et catholiques, voire anglo-saxons et latins. Ceci étant, le film défend ces idées avec talent. Moins réputé que certaines œuvres à venir, « La course de Broadway Bill » demeure passionnant de bout en bout. Tous les grands thèmes du cinéaste y sont déclinés avec beaucoup d’humour. Venant ponctuer le récit, le drame y prend une part importante aussi.

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