LE DÉFUNT RÉCALCITRANT

LE DÉFUNT RÉCALCITRANT

HERE COMES MR. JORDAN

Une comédie fantastique de Alexander Hall

93  mn

Avec Robert Montgomery, Evelyn Keyes, Claude Rains, Rita Johnson, Edward Everett Horton, James Gleason, John Emery, Donald McBride, Don Costello
Scénario de Sidney Buchman, Seton I. Miller
D'après Harry Segall
Musique de Frederick Hollander
Photo de Joseph Walker
Produit par Everett Riskin

RESUME
@S@H.Mort dans l'accident de son avion, un boxeur est conduit au ciel. Mais là on s'aperçoit que c'est une erreur, car son heure n'était pas arrivée. On tente alors de retrouver son corps, or celui-ci est déjà incinéré. Reste à en trouver un autre.

COMMENTAIRE
En décernant à la fois l’Oscar de la meilleure histoire originale et du meilleur scénario, les membres de l’Académy of Motion Picture - représentatifs d’une grande partie du public -, exprimèrent leur enthousiasme pour ce récit totalement loufoque et surréaliste, de sympathique fantôme qui cherche désespérément un corps lui permettant de revenir à la vie. Parce qu’il est amusant tout en étant réconfortant de croire que les morts ne sont pas vraiment morts et qu’ils sont encore présents autour de nous, le thème du fantôme débonnaire qui interfère avec les vivants a souvent remporté un gros succès au cinéma. En 1937, déjà, le thème avait fait l’objet d’une des meilleures comédies de l’année : « Topper ». Il comtait l’histoire d’un couple mort dans un accident de la route revenant sur terre pour effectuer sa bonne action. Mais c’est certainement le succès remporté par « Le défunt récalcitrant » qui lance véritablement la mode de ce type d’histoire. Les années qui suivent sa sortie voient en effet celle de « The Remarkable Andrew », « Ma femme est une sorcière », « Le fantôme de Canterville », « Un nommé Joe », autant de films réjouissants qui ne sont pas passés inaperçus. Avec « L’esprit s’amuse » réalisé par David Lean, l’Angleterre non plus n’est pas en reste. Notons que toutes ces comédies sont réalisées pendant la guerre, une période où la population est plus que jamais confrontée à la mort. Il est sûr que cette approche légère a le mérite de dédramatiser et de démystifier cette inconnue angoissante présente dans tous les foyers, ou presque, de l’époque ! Mais si « Le défunt récalcitrant » est l’un des plus remarquables films Columbia de l’année, c’est aussi parce qu’il exploite ce thème avec originalité, sans complexe et non sans quelque cynisme aussi. Dieu, ou son serviteur, prend le visage de monsieur tout le monde, un certain monsieur Jourdan (Claude Rains) qui, sans cacher une pointe d’ironie, suit ses hôtes avec bienveillance. D’autre part, la réincarnation ne peut avoir lieu que si un individu décède pour céder son corps : ce sera un financier assassiné par sa femme et son secrétaire, puis un boxeur mort sur le ring. Marque de fabrique de la Columbia dont Frank Capra est le maître à penser, un côté populiste et généreux propre au cinéaste italien apparaît également ici. Lorsque le héros revêt l’habit du financier, il tient à réparer les injustices de son prédécesseur et se met à distribuer son argent à la manière d’un « Extravagant Mr Deeds ». Rien d’anormal à cela quand on sait que Sidney Buchman, l’un des scénaristes du film, avait déjà collaboré avec Capra, en particulier sur « Monsieur Smith au Sénat », et connaissait donc ses idées. Cet honnête artisan collabore ici avec l’un des plus brillants scénaristes de sa génération, Seton I.Miller, expliquant finalement la qualité du scénario. Ajoutons que le troisième nominé, l’auteur du film, Harry Segall, était un habitué de ce type d’histoire. Depuis « Six heure à vivre » de William Dieterle, jusqu’à « On va se faire sonner les cloches » de George Seaton, en passant par « L’étoile des étoiles » également de Alexander Hall, Segall devient presque le spécialiste des histoires de revenants. Pour le coup, porté par ce récit hautement jubilatoire, Hall réalise le plus mémorable de ses films.

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