DEUX FEMMES

DEUX FEMMES

PILGRIMAGE

Un mélodrame de John Ford

96  mn

Avec Henrietta Grosman, Heather Angel, Norman Foster, Marian Nixon, Francis Ford, Lucile La Verne, Charley Grapewin, Hedda Hopper, Jack Pennick
Scénario de Philip Klein, Barry Conners, Dudley Nichols
D'après I.A.R. Wylie
Musique de Reginald H. Bassett
Photo de George Schneiderman

RESUME
Une mère possessive envoie son fils unique à la guerre pour lui faire rompre ses fiançailles. Il est tué laissant une fille-mère et un orphelin que la mère ne reconnaît pas. Plus tard celle-ci partira en France se recuiellir sur la tombe de son fils.

COMMENTAIRE
La mère est un personnage central dans l’œuvre de John Ford. La peinture qu’il en fait contribue à élever « Les quatre fils », « Les raisins de la colère » ou encore « Qu’elle était verte ma vallée » au titre de chefs-d’œuvre. Maternelle, dévouée, elle est l’élément structurant de la famille, le ciment qui garanti son unité. Or ici la mère ne correspond pas à cette image ; veuve, ne se vouant qu’à un unique fils, mue par un instinct possessif maladif, elle détruit sa propre cellule familiale : elle envoie son fils se faire tuer à la guerre avant de rejeter sa bru et son petit-fils pour finalement se retrouver seule et aigrie. Si cette approche sombre du personnage de la mère ne répond pas aux sensibilités fordiennes, elle n’en est pas moins traitée avec force. Alors que l’histoire, typique des mélodrames de l’époque, est relativement impersonnelle, le film s’avère être l’un des plus émouvants de Ford. Malgré des coïncidences qui servent trop ouvertement les besoins de l’histoire (le jeune Américain rencontré à Paris et dont le destin rappelle celui du héros mort à la guerre), malgré des scènes trop appuyées comme celle qui fait intervenir des acteurs français - certainement réalisée par William Collier Sr. Qui dirige les scènes dialoguées -, malgré un montage elliptique qui rappelle encore trop la période muette, le film est admirable parce que Ford parvient à le transcender en traduisant de façon étonnante toute la gamme des sentiments qui le traverse et ce grâce à une mise en scène incroyablement efficace. La séquence où la mère apprend que son fils est mort à la guerre est un modèle du genre. De l’instant où elle demande au maire de lui lire la lettre tandis qu’elle continue à tricoter, jusqu’à celui où après avoir pris congé dignement ses visiteurs - sans omettre de leur proposer quelque chose à boire -, seule dans sa chambre, elle reconstitue la photo déchirée de son fils, chaque plan parfaitement dosé contient une charge émotionnelle remarquable, d’autant plus remarquable que tout est sobre et ne verse jamais dans l’excès et le pathos.

Tous les droits de reproduction et de diffusion réservés © 2013 Hollywood33