LE DICTATEUR

LE DICTATEUR

THE GREAT DICTATOR

Une comédie de Charlie Chaplin

126  mn

Avec Charlie Chaplin, Jack Oakie, Reginald Gardiner, Henri Daniell, Billy Gilbert, Paulette Goddard, Emma Dunn, Maurice Moskovitch
Scénario de Charlie Chaplin
Musique de Charlie Chaplin
Photo de Karl Struss, Roland Totheroh
Produit par Charlie Chaplin

RESUME
Durant la Première Guerre, suite à un crash aérien, un petit barbier devient amnésique. Après vingt ans passés à l'hôpital il regagne son échoppe située dans le ghetto Juif. Depuis quelques temps le pays est gouverné par un dictateur antisémite.

COMMENTAIRE
Un monument du cinéma politique engagé. Jamais une œuvre cinématographique n’aura été aussi virulente à l’encontre d’un chef d’état. C’est la justesse de l’analyse, encore valable actuellement, qui donne sa vigueur au message, une vigueur ayant matière à créer un incident diplomatique. Et même si Hitler aux yeux de l’humanité méritait un tel châtiment, la violence de la satire est déconcertante quand on songe que l’Amérique à ce moment là, chercher à rester à l’écart de cette guerre, et que le cinéma n’avait vocation qu’à distraire les foules. Il fallait non seulement un ascendant considérable pour aller à l’encontre de l’établissement diplomatique mais aussi du génie pour ne pas être débordé par l’ambition affichée. Charles Chaplin avait les deux. Depuis la Première Guerre mondiale il était l’artiste le plus connu et le plus populaire au monde. Sa réputation était telle qu’il s’était permis de réaliser le dernier film muet, « Les temps modernes », six ans après la mort totale de ce cinéma. Il était à lui seul une institution et un titan « médiatique » au même titre que Hitler. (Reconsidéré avec le recul, les deux hommes personnifient la face lumineuse et obscure du 20ème siècle). Quant à son talent, s’il est certain, il n’est que le résultat d’un travail assidu et d’une gestuelle unique. Ces qualités font que son œuvre est traversée de séquences extraordinaires, si extraordinaires qu’elles font oublier de fâcheuses faiblesses. Effectivement, ce n’est pas un bon gagman, un bon scénariste, un bon metteur en scène, un bon monteur, un bon décorateur. Ses gags sont grossiers, ses scénarios sont simplistes, sa caméra statique, son montage manquent cruellement d’imagination, enfin le dépouillement de ses décors est ridicule. Curieusement, le plus populaire des cinéastes du 20ème siècle est aussi celui qui maîtrise le moins bien tout ce qui fait le cinéma. Il est resté à celui de ses débuts lorsqu’il tournait de petites bandes chez Essaney. Pourtant la force émotive de son œuvre balaye la plupart des autres. « Le dictateur » est à l’image de cette œuvre. La première partie qui se déroule durant la Grande Guerre est un alignement de gags sans intérêts où Chaplin se perd à refaire ce qu’il faisait déjà 20 ans auparavant et puis, un plan fixe, c’est l’éructation du dictateur : c’est unique, ça n’a pas d’équivalent, ça défie l’analyse, rien ne peut mieux stigmatiser le personnage représenté. Le film continue plus ou moins laborieusement, mais c’est avant tout les balbutiements sur le bord du trottoir, la danse hongroise de Brahms, et l’inoubliable jeu avec le ballon mappemonde qu’on retient, des séquences qui tirent leur force de la mimique chaplinesque. Rendons aussi justice à Jack Oakie dans le rôle d’un Mussolini désopilant si brillant qu’il en vole la vedette à Chaplin. A côté de cela on a des choses lourdement démonstratives comme par exemple les tâches de crasse dans le visage de Paulette Goddard, le tour d’équilibriste sur une poutre, la figure paternaliste qui s’abaisse à vouloir rentrer dans une petite caisse et surtout le discours finale. Ces effets appuyés n’apportent rien et révèlent un curieux manque de lucidité. Mais dans son ensemble le film dénonce avec un courage bravache l’absurdité et la méchanceté du régime hitlérien et fait croire plus que jamais en l’utilité de l’artiste.

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