ELLE S'EN VA-T-EN GUERRE

ELLE S'EN VA-T-EN GUERRE

SHE GOES TO WAR

Un film de guerre de Henry King

50  mn

Avec Eleanor Boardman, John Holland, Edmund Burns, Al St. John, Yola D'Avril, Eulalie Jensen
Scénario de Howard Estabrook, Fred De Gresac
D'après Rupert Hughes
Musique de Modest Altschuler
Photo de John Fulton, Tony Gaudio
Produit par Edward Halperin, Victor Halperin

RESUME
Au plus fort de la Grande Guerre, une jeune femme arrive avec son mari, soldat, dans un village près du front. Un matin, alors que les hommes se préparent à partir au combat, l'époux, par peur, s'enivre jusqu'au coma, forçant sa femme à le remplacer.

COMMENTAIRE
La version visible de « Elle s’en va-t-en guerre » ne dure que cinquante minutes alors que les ouvrages de référence parlent d’un film de dix bobines, ce qui représente environ une heure quarante de projection. Au regard de ce qu’il semble rester du film, cette différence, allant du simple au double, est plutôt curieuse, car on découvre là une œuvre absolument magnifique qui ne paraît souffrir d’aucune mutilation. On a bien des transitions un peu brutales, surtout au début, des séquences ou des situations qui manquent d’explication, mais cela s’apparente à une forme de pudeur, qui, finalement, telle la belle ellipse, sert plus qu’elle ne dessert l’histoire. De même, ce film sonore - non encore parlant à l’exception d’une scène - est dépourvu de tout intertitre. Cette particularité remarquable qu’on ne connaissait que dans « Le dernier des hommes » de Friedrich Wilhelm Murnau, pourrait avoir été absent de l’original, ce qui expliquerait la différence de durée entre les deux versions. Mais ceci semble peu envisageable car l’intrigue paraît avoir été conçue pour se passer d’intertitres comme de dialogues. Typique de 1929 qui est l’année de transition entre le cinéma muet et le cinéma parlant, « Elle s’en va-t-en guerre » possède donc une bande sonore mais pas de dialogues. Musique orchestrale, vrombissement des véhicules, cris des soldats, clairons qui sonnent le rassemblement, explosion de bombes, chansons interprétées par une femme ou par un chœur de soldats, quelques paroles prononcées par une épouse en pleurs sur la dépouille de son mari forment la gamme des bruits perceptibles de ce cinéma aussi éphémère qu’insolite. (La restitution des sons est encore si mauvaise qu’on ne peut en effet parler que de bruits). C’est ainsi, qu’à l’absence d’intertitres, qu'à l’aspect suggestif de l’intrigue s’ajoute cette dimension sonore tout à fait originale. Mais le film est également marqué par une facture documentaire. Ces images où l’on découvre des hommes moribonds revenant du front ont tout du document d’archive à la lumière brute et aux attitudes naturelles. Et que dire de ce village aux rues boueuses et aux maisons ravagées par la guerre ? Finalement, tout ce formalisme atypique se révèle particulièrement propice à l’exaltation et à la poésie. Henry King l’exploite merveilleusement pour servir un sujet par ailleurs étonnant, magnifié par des images parfois spectaculaires. Véritables témoignages sur la première guerre mondiale, on assiste à des transports de troupes en chars à travers des champs embrasés par des bombes incendiaires, ou des attaques aériennes au gaz moutarde. Quant au sujet : après avoir assisté au drame d’une femme qui a perdu son mari, une épouse part au front, prenant discrètement la place de son époux qui s’est saoulé par couardise. Elle réalisera un acte héroïque avant d’être secourue par un soldat qui la sortira du bourbier. Transportée sur ses épaules, épuisée, elle finira par l’embrasser tendrement dans le cou. On ne saura jamais ce qu’ils deviendront. Ainsi se résume et se conclut ce film au formalisme et à la poésie stupéfiants.

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