UN DRAME À MANHATTAN

UN DRAME À MANHATTAN

MANHATTAN MELODRAMA

Un policier de Woody S. Van Dyke

87  mn

Avec Clark Gable, William Powell, Mirna Loy, Leo Carrillo, Nat Pendleton, George Sidney, Isabel Jewell, Muriel Evans, Thomas E. Jackson, Frank Conroy, Noel Madison, Jimmy Butler, Mickey Rooney, Shirley Ross
Scénario de Joseph L. Mankiewicz, Oliver H. P. Garrett
D'après Arthur Caesar
Musique de Richard Rodgers
Photo de James Wong Howe
Produit par David O. Selznick

RESUME
@H.Lors de l'incendie d'un bateau à aubes, deux enfants perdent leurs parents. Ils sont alors pris en charge par un homme qui a perdu, quant à lui, ses enfants dans le naufrage. Plus tard, celui-ci périra à son tour, victime d'une charge de police.

COMMENTAIRE
C’est après avoir vu ce film au cinéma « Biograph » de Chicago le 22 juillet 1934, que John Dillinger est abattu en pleine rue par les agents du FBI. Quelle qu’ait été la véritable personnalité de ce gangster sanguinaire, il est mort après avoir découvert une magnifique histoire d’amitié, d’abnégation et de droiture morale, impliquant, autant faire ce peu, un truand à l’esprit chevaleresque. Car une nouvelle fois Hollywood joue la carte de l’ambiguïté. Il ne craint pas de faire d’un criminel un héros, de donner à admirer un homme capable de tuer de sang froid. C’est en lui faisant payer durement ses crimes et en faisant bénéficier ceux-là de circonstances atténuantes (il abat des escrocs et des politiciens véreux faisant de l’ombre à son ami) que les auteurs parviennent à minimiser la férocité de ce truand magnifiquement interprété par Clark Gable. Ils lui accordent également un courage et un sens du sacrifice qui force l’admiration ; plus remarquable peut-être est le stoïcisme dont il fait preuve lorsque celle qu’il aime le quitte pour son ami d’enfance. Il est incontestable que ce clair-obscur, mélange de grandeur et de cruauté, apporte une dimension fascinante au personnage. Mais si le film reste inoubliable, c’est aussi grâce à la présence de ce double inversé, matérialisé par un procureur moralement irréprochable. Interprété par un William Powell dont le jeu atteint par moment une gravité bouleversante, il est déchiré entre l’amitié qu’il a pour le truand et son sens du devoir. Ironiquement, sa droiture et son respect des lois le conduiront à commettre un acte plus cruel que ceux perpétrés par le truand ; plus cruel car il fait fi de ses sentiments les plus intimes tels que l’amitié qui le lie à celui avec lequel il a grandi. Ainsi, si l’un incarne le mal et l’autre le bien, il n’est pas aisé de déterminer lequel des deux est le plus admirable. Outre l’ambiguïté, c’est l’aspect relatif des valeurs morales sur lesquelles repose la société, que l’intelligence et la richesse de l’intrigue expriment de façon fulgurante. L’ambiguïté du film est tout de même telle qu’il est difficile de dire s’il se termine de façon heureuse ou malheureuse, car derrière les apparences, le truand s’est finalement sacrifié inutilement et son ami porte à jamais le poids de sa mort…

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