AMOUR DÉFENDU

AMOUR DÉFENDU

FORBIDDEN

Un mélodrame de Frank Capra

82  mn

Avec Barbara Stanwyck, Adolphe Menjou, Ralph Bellamy, Dorothy Peterson, Thomas Jefferson, Charlotte Henry, Claude King
Scénario de Jo Swerling
D'après Frank Capra
Photo de Joseph Walker
Produit par Harry Cohn

RESUME
Bien décidée à trouver l'âme sœur, une jeune documentaliste austère dilapide toutes ses économies pour s'offrir une croisière. Sur le paquebot elle fait la connaissance d'un avocat dont elle tombe éperdument amoureuse, mais l'homme est déjà marié.

COMMENTAIRE
Si l’on exclut les films qu’il tourna avec Harry Langdon - et encore, le cinéaste n’est crédité que pour le scénario -, « Amour défendu » est l’unique réalisation dont Frank Capra a écrit l’histoire. (Il a également imaginé l’intrigue de l’excellent « Convoi de femmes », mais laissera la réalisation à William A.Wellman). Et il faut bien dire qu’il fait montre d’un certain talent dans le domaine. Répondant à toutes les conventions du mélodrame, il élabore un récit aux rebondissements aussi inattendus que bouleversants. Rarement le sort se sera acharné sur un personnage avec autant d’insistance tout en restant attachant. Le résultat est un film d’une noirceur terrible qui dénote dans l’œuvre de ce maître de la comédie américaine. Tous les deux sortis la même année, « Amour défendu » est à l’œuvre de Capra ce que « L’homme que j’ai tué » est à celle d’Ernst Lubitsch. S’ajoute ici un thème on ne peut plus romantique tiré de « Histoire d’un amour » - également sorti en 1932 -, celui d’un amour indéfectible qui traverse le temps. Barbara Stanwyck, magnifique de jeunesse et de beauté, interprète cette jeune documentaliste qui s’éprend d’un avocat marié. Son épouse étant handicapée, il a des scrupules à divorcer. Finalement il quittera sa maîtresse, laquelle attend un enfant de lui. Quelques années plus tard il la retrouve, découvre qu’il a une fille, et par un concours de circonstances audacieux va élever l’enfant avec sa femme, au détriment d’une maîtresse dépossédée de sa progéniture. Le mari incapable de divorcer parce que sa femme est handicapée, la mère à qui l’on retire son enfant, la maîtresse qui, durant toute sa vie, attend en vain l’homme qu’elle aime, sont autant de thèmes majeurs du mélodrame que Capra décline avec bonheur ici. A cela s’ajoutent des sujets chers au cinéaste : l’ambition politique, l’ambiguïté des journalistes, la lutte des classes. Finalement, malgré l’existence de tics et l’utilisation de grosses ficelles indissociables du genre, tout cela ne lasse jamais. Mieux encore, on prend un réel plaisir à se laisser emporter par les péripéties improbables de ce destin malheureux. Exploitant le temps qui passe de façon décomplexée, les ellipses accentuent la désillusion qui imprègne tout le récit. Capra récidivera l’année suivant en dirigeant un autre mélodrame avec Stanwyck, ce sera « La grande muraille » : tout aussi beau.

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