FEMMES

FEMMES

THE WOMEN

Une comédie de George Cukor

133  mn

Avec Norma Shearer, Joan Crawford, Rosalind Russell, Mary Boland, Paulette Goddard, Phyllis Povah, Joan Fontaine, Virginia Weidler, Lucile Watson, Marjorie Main, Virginia Grey, Ruth Hussey, Hedda Hopper, Cora Witherspoon, Ann Morriss, Mary Beth Hughes
Scénario de Anita Loos, Jane Murfin
D'après Clare Boothe
Musique de Edward Ward, David Snell
Photo de Oliver T. Marsh, Joseph Ruttenberg
Produit par Hunt Stromberg

RESUME
Une jeune femme apprend de sa pédicure qu'une amie est trompée par son mari. Forte de cette information croustillante, la jeune femme s'empresse de la répéter à ses copines qui forment un mur de silence autour de la principale intéressée, crédule.

COMMENTAIRE
Le film est un défi : ne faire apparaître à l’écran que des femmes. On se rappelle d’Alfred Hitchcock, spécialiste du défi cinématographique, qui choisit de tourner tout un film dans une barque, « Lifeboat », en plans séquences, « La corde », ou encore du point de vue d’un personnage reclus dans son appartement, « Fenêtre sur cour ». Mais comme pour tous les défis cinématographiques, la narration doit faire des concessions, trouver et surexploiter des procédés, limiter drastiquement ses possibilités expressives qui finalement donnent un aspect affecté au film. C’est ainsi que l’appel téléphonique ou la description d’une scène par une personne externe, qui permet d’intégrer un homme à l’histoire tout en évitant qu’il apparaisse physiquement à l’écran, deviennent ici des procédés exploités jusqu’au grotesque. De même que les lieux où les personnages se rencontrent sont systématiquement des lieux typiquement féminins : institut de beauté, parfumerie, salon de haute couture. Mais le jeu en vaut la chandelle puisqu’il en ressort une atmosphère de gynécée, certes quelque peu artificielle, mais néanmoins tout à fait exceptionnelle. Formant un véritable film de femmes, à destination des femmes, s’intéressant à des préoccupations de femmes, « Femmes » est marqué par une hégémonie féminine non seulement au niveau de la distribution mais également au niveau de l’écriture. Il en ressort une espèce de connivence féminine surprenante d’où l’homme est définitivement exclu. Dans ces conditions, qui mieux que George Cukor, réputé pour son talent de directeur d’actrices, pouvait réaliser ce film ? Et c’est effectivement avec beaucoup de lucidité qu’il dirige cette incroyable galerie de vedettes féminines, et si ce film de plus de deux heures et très dialogué tient toutes ses promesses, c’est en grande partie grâce à son travail. Il parvient à donner corps à ce vaudeville qui, dans d’autres circonstances, serait vite devenu un horrible cancanage. Car, oscillant entre comédie débridée et drame familial, assuré dans un registre par Rosalind Russell et dans l’autre par Norma Shearer, le film est une suite de crêpages de chignon, de désarrois amoureux, de vanité féminine, de coups bas, de jalousies plus ou moins puériles qui se découvrent avec une certaine délectation. Ajoutons pour terminer qu’une séquence en Technicolor présentant un défilé de mode apparaît au milieu du film. Totalement hors propos, elle parait conçue pour confirmer que le film vise avant tout un public féminin.

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