LA FILLE DU BOIS MAUDIT

LA FILLE DU BOIS MAUDIT

THE TRAIL OF THE LONESONE PINE

Un drame de Henry Hathaway

100  mn

Avec Sylvia Sidney, Henry Fonda, Fred McMurray, Fred Stone, Nigel Bruce, Beulah Bondi, Robert Barrat, Spanky McFarland, Fuzzy Knight, Samuel Hinds, Alan Baxter, Richard Carle
Scénario de Grover Jones, Harvey Thew, Horace McCoy
D'après John Fox Jr.
Musique de Hugo Friedhofer
Photo de W. Howard Greene, Robert C. Bruce
Produit par Walter Wanger

RESUME
Dans une région reculée, deux familles de montagnards se vouent une haine ancestrale. Des ingénieurs du chemin de fer arrivent pour leur faire signer, en échange d'une forte somme d'argent, l’autorisation de faire passer le train sur leurs terres.

COMMENTAIRE
Un an après la sortie de « Becky Sharp », le premier film de long métrage en Technicolor, la Paramount projette sur les écrans sa première production en couleur trichrome. Le résultat est une réussite autant sur le plan esthétique que sur celui du sujet et de son traitement. Hormis quelques scènes tournées dans des cabanes ou des tentes, l’œuvre est entièrement filmée en extérieur au milieu de forêts de pins encerclant des lacs de montagne. Cette approche, que la couleur vient délibérément mettre en valeur, fait finalement de « La fille du bois maudit » une œuvre à part dans le paysage hollywoodien de l’époque. La photo d’un naturel inaccoutumé apporte une modernité au film, une modernité fascinante lorsqu’on la met en perspective avec la jeunesse des acteurs. (Il est difficile en effet de concevoir un Henry Fonda aussi jeune dans un film qui a l’apparence de ceux des années cinquante…) A côté de l’aspect esthétique, on découvre une histoire de haine ancestrale qui se transforme en un merveilleux message de pardon, peut-être le plus beau de l’histoire du cinéma. L’intrigue se déploie lentement par petites touches qui renvoient à un vécu qui n’a pas été présenté ; elle s’attarde sur des moments anodins - mais sympathiques - qui permettent de donner une profondeur aux personnages. Incarné par les ingénieurs, le progrès social et technique vient doucement bouleverser la vie de ces gens aux mœurs d’un autre siècle. Certaines scènes d’une dureté inaccoutumée dans un cinéma qui ménage la sensibilité du spectateur (la mort de l’enfant ou du fils indigne par exemple) ajoutent une indéniable force au propos. On reconnaît là certaines caractéristiques des films d’Henry Hathaway. Cinq ans plus tard, celui-ci réalisera « Le retour du proscrit » en de nombreux points comparables à « La fille du bois maudit ». Ce sera non seulement l’occasion pour lui de retrouver les superbes paysages forestiers et le Technicolor (ainsi que le chef opérateur W. Howard Greene, pionnier de la photo couleur), mais aussi de se replonger dans l’univers de ces montagnards frustes.

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