L' ANGE DE LA RUE

L' ANGE DE LA RUE

STREET ANGEL

Un mélodrame de Frank Borzage

102  mn

Avec Janet Gaynor, Charles Farrell, Nathalie Kingston, Henry Armetta, Guido Trento, Alberto Ragabliati
Scénario de Philip Klein, Henry Roberts Symonds, Marion Orth
D'après Monckton Hoffe
Photo de Ernest Palmer, Paul Ivano

RESUME
A Naples, une jeune fille est arrêtée alors qu'elle chapardait pour venir en aide à sa mère mourante. Elle parvient à s'échapper. Recueillie par les gens d'un cirque ambulant, elle se produit avec eux jusqu'au jour où elle rencontre un artiste peintre.

COMMENTAIRE
Dans un registre proche de « L’heure suprême », grand succès de l’année précédente, Frank Borzage relate le destin tourmenté de deux êtres qui ne semblent pas pouvoir vivre l’un sans l’autre. Ce sujet d’apparence banale, récurrent dans l’œuvre du cinéaste, est comme toujours transcendé par son traitement. C’est une poésie (l’amant préfère acheter une rose à sa bien aimée que des victuailles), ce sont des décors tortueux (le quartier de Naples où se déroule une grande partie de l’histoire est un enchevêtrement de rues), c’est un travail sur la lumière (ombres chinoises immenses, floues dans la profondeur de champ), mais c’est surtout la magie des relations entre les deux amants qui donne sa force au propos. Dans un éclat de rire incroyable de naturel, dans une posture particulière et presque grotesque où tout se concentre dans le regard, Borzage parvient à traduire la joie d’être ensemble ou l’admiration qu’on se voue. La complicité est là toute entière lorsque Janet Gaynor repousse Charles Farrell en lui appuyant la main sur le visage, en dissimulant son affection derrière un geste apparemment querelleur - un splendide idée de mise en scène dont on retrouve l’esprit dans d’autres de ses films tels que « Ceux de la zone» par exemple. Borzage n’est jamais aussi stupéfiant que lorsqu’il se retrouve à mettre en scène deux êtres qui s’aiment. Plus que les scènes de bohème du début du film ou d’errance à la fin, ce sont celles où Gaynor et Farrell sont isolés dans leur chambre napolitaine qui sont les plus riches en émotion, les plus personnelles aussi. Une véritable joie communicative, un bonheur de vivre attendrissant émanent de ce couple lorsque l’homme ramène dans son home un panier rempli de provisions. Ces relations amoureuses atteignent leur apogée lorsque l’héroïne, et elle seule, sait qu’elle n’a plus qu’une heure à passer avec celui qu’elle aime avant de se rendre à la police. Comme dans « L’adieu au drapeau » avant que Gary Cooper ne parte à la guerre, un clair obscur fait de joies et de déchirements éclaire alors ces relations. Il donne à cet amour une forme torturée qui fait apparaître toute sa dimension, une dimension mystique où l’instant devient éternité et où l’espace est uniquement peuplé de ces deux êtres qui s’aiment.

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