LA GRANDE MURAILLE

LA GRANDE MURAILLE

THE BITTER TEA OF GENERAL YEN

Un mélodrame de Frank Capra

84  mn

Avec Barbara Stanwyck, Nils Asther, Toshia Mori, Walter Connolly, Gavin Gordon, Lucien Littlefield, Richard Loo, Helen Jerome Eddy, Emmet Corrigan
Scénario de Edward E. Paramore
D'après Grace Zaring Stone
Musique de W. Frank Harling
Photo de Joseph Walker
Produit par Walter Wanger

RESUME
En Chine, pendant la guerre civile, une jeune américaine est kidnappée par un général sanguinaire alors qu'elle tentait avec son futur mari de sauver des orphelins. Elle sera retenue prisonnière dans des appartements somptueux par un homme épris d'elle.

COMMENTAIRE
De tous les films de Frank Capra, « La grande muraille » est certainement le seul où l’amour passionnel forme véritablement le socle de l’intrigue. Alors que le mélodrame est en vogue, Capra lui a toujours préféré la comédie, n’ayant jamais eu de véritable attirance pour les relations amoureuses trop ardentes. Ceci ne l’empêche pas de réaliser ici un chef-d’œuvre - hélas pas reconnu comme tel à sa sortie -, rappelant Billy Wilder - un autre maître de la comédie - qui, avec « Assurance sur la mort », fait une unique incursion dans un genre pour le marquer de son empreinte. Il faut dire que le thème de « La grande muraille » est des plus séduisants : un commandant cruel qui ne recule devant rien pour combattre les rebelles est terrassé par l’amour qu’il éprouve pour une femme. Une femme dont les sentiments envers son ravisseur sont assez ambiguës. Le plus original reste que ce despote donne sa vie pour démontrer à celle-ci que les valeurs humanistes qu’elle prône sont toutes relatives. Car à la demande de la jeune femme, il gracie une compatriote dont il sait par avance qu’elle va causer sa perte. Avant il aura écrasé un homme, fait massacrer des populations et fusiller des rebelles au seul prétexte qu’il n’avait pas de quoi les nourrir. Finalement Capra rend sympathique un salaud en légitimant ses comportements odieux et en l’animant d’une sensibilité ! Cette approche, certes romantique, est surprenante de la part d’un cinéaste qui dénoncera par la suite avec un humaniste de boy-scout les abus des hommes de pouvoir. On retrouve là les contradictions qui parsèment son œuvre. Toujours est-il que le résultat est convainquant et qu’il confirme ses talents de metteur en scène de cinéma. En effet, à l’inverse de nombre de films de l’époque, le dialogue reste mesuré ; il n’hésite pas à s’attarder sur des séquences insignifiantes en apparence. C’est ainsi que des scènes muettes suivent l’intimité d’un protagoniste, celle où le général prépare son thé amer est de celles-ci. Et si les intérieurs sont nombreux, les scènes d’actions composées d’une importante figuration ne sont pas négligées non plus. Il ressort de tout cela une ambition esthétique que vient souligner les éclairages sophistiqués de Joseph Walker.

Tous les droits de reproduction et de diffusion réservés © 2013 Hollywood33