LA GRANDE PARADE

LA GRANDE PARADE

THE BIG PARADE

Un film de guerre de King Vidor

120  mn

Avec John Gilbert, Renée Adorée, Hobart Bosworth, Claire McDowell, Claire Adams, Robert Ober, Karl Dane
Scénario de Harry Behn
D'après Laurence Stallings
Musique de William Axt
Photo de John Arnol

RESUME
Le fils oisif d'une riche famille américaine s'engage pour combattre en France. Là, alors que sa compagnie est cantonnée dans un village en attendant d'être envoyée au front, il se lie d'amitié avec deux braves gars et s'éprend d'une fille de la campagne.

COMMENTAIRE
Avec « La ruée vers l’or » de Charlie Chaplin et « Ben-Hur » de Fred Niblo, « La grande parade » fait certainement partie des plus beaux films de l’année 1925. Sept ans après la fin de la première guerre mondiale, alors que les évènements sont encore très présents dans les mémoires, King Vidor entreprend de relater les amours d’un soldat américain et d’une paysanne française plongés dans la tourmente de la guerre. Le film se compose de deux parties distinctes d’environ une heure chacune. Précédée d’une courte introduction durant laquelle on découvre une Amérique entrer en guerre et la mobilisation de garçons venus des différentes couches de la société, la première partie se situe dans un petit village de France (Champillon à quelques kilomètres au Nord d’Epernay), et suit les amours des deux personnages principaux. Entre humour potache, amitié et passion amoureuse, les scènes traduisent une insouciance en parfait décalage avec les évènements qui se déroulent au même moment dans les environs. La deuxième partie, beaucoup plus sombre, présente ces hommes, jusque-là enthousiastes, se heurtant à la dure réalité du champ de bataille. La découverte de ces soldats s’avançant vers les lignes ennemies, tombant un à un fauchés par les tirs, se terrant dans les trous d’obus, se sacrifiant pour détruire une position d’artillerie, contrastent nettement avec la première partie. L’horreur de la guerre est déclinée jusqu’à l’absurde, en particulier lorsque le héros accompagne dans la mort un soldat allemand agonisant, coincé dans un trou avec lui. Ainsi le film s’assombrit à mesure qu’il progresse. L’allégresse du début fait brutalement place au cauchemar, celui des combats, des traumatismes, des trahisons amoureuses. Outre le fait qu’elle est particulièrement longue, la séquence charnière entre les deux parties, celle où les soldats quittent le village pour monter au front, fait l’objet d’un soin particulier de la part de Vidor. Perdus dans la foule des combattants qui quittent les lieux, les deux amants se cherchent désespérément. Quand ils finissent enfin par se retrouver, leur séparation est une déchirure : elle le retient par la jambe alors qu’il tente de monter dans un camion, et lorsque ce dernier s’ébranle, elle s’accroche à une chaîne pour tenter d’arrêter le véhicule. Puis elle tombe, se relève au milieu des convois qui passent près d’elle, enfin, effondrée, elle est seule, recroquevillée au milieu de la route. La séquence est d’un lyrisme étonnant et donne toute la mesure du drame que représente cette séparation. Aux côtés de John Gilbert dont le rôle a contribué à faire une grande vedette et Renée Adorée, envoûtante, notons la présence remarquable de Karl Dane, jouant le parfait dadais. Son personnage, totalement inconscient du danger, semblant tout droit sorti d’un film burlesque, se permet de dormir au milieu du champ de bataille tandis que les obus pleuvent autour de lui. Se faisant réveiller par l’un d’eux il dira : « Je suis déjà mort ? ».

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