L' HEURE SUPRÊME

L' HEURE SUPRÊME

SEVENTH HEAVEN

Un mélodrame de Frank Borzage

119  mn

Avec Janet Gaynor, Charles Farrell, Albert Gran, David Butler, Gladys Brockwell, Emile Chautard, Ben Bard, George Stone
Scénario de Benjamin F. Glazer
D'après Austin Strong
Photo de Ernest Palmer, Joseph Valentine

RESUME
@S@R@B.A Paris, une jeune orpheline maltraitée par sa sœur et prête au suicide est recueillie par un égoutier qui vient d'être promu laveur de rue. Dans leur chambre sous les toits, ils vivent heureux jusqu'au jour ou la Grande Guerre éclate.

COMMENTAIRE
Alliée au muet qui apporte sa touche d’irréel, cette histoire d’amoureux démunis, mais non moins heureux, vivant sous les toits dans une misérable chambre - appelée le « Paradis » -, forme certainement l’un des films américains les plus poétiques qui soit. Quand on sait avec quelle maestria Frank Borzage traite des relations amoureuses, il est difficile d’imaginer atteindre un autre résultat cinématographique d’un tel lyrisme. Cet homme qui travaille dans les égouts et qui, pour rentrer chez lui, monte un interminable escalier pour atteindre le ciel, comme il dit, donne la mesure de cette poésie, une poésie mystique et surréaliste. Ces voisins qui rentrent par la fenêtre grâce à un madrier posé sur le vide entre deux toits, a quelque chose de surréaliste, ainsi que cet homme qui revendique fièrement son athéisme parce que Dieu n’exauce pas ses souhaits, relève du mysticisme. Cette approche presque fantastique permet surtout d’exalter la passion amoureuse. Rappelant le beau thème de « Peter Ibbetson », ces amants séparés qui communiquent par la pensée tous les jours à heure fixe et ce durant des années, est une idée qui insuffle à l’amour une dimension fabuleuse. De même que l’omniprésence des signes célestes durant tout le film participe à faire de l’amour une entité extraordinaire qui dépasse l’humain. Cela ne suffirait toutefois pas à faire du film l’un des plus grands classiques du cinéma muet. Comme dans toute l’œuvre de Borzage on trouve également de véritables moments de grâce dans les rapports du couple amoureux. Parmi ces moments, on pourrait citer celui où l’héroïne en pleurs se moque de celui qu’elle aime parce qu’il lui avoue qu’il a peur. En effet, apprenant qu’il doit partir à la guerre, il ressent cette peur qu’il a toujours dénigrée. Ainsi, afin d’échapper à la terrible souffrance engendrée par la nouvelle, l’héroïne adopte une attitude incongrue dans ce contexte particulier, soulignant de façon juste et émouvante sa détresse intérieure et la complicité qui la lie à lui. Ces scènes sont parfois longues - ce qui explique que le film dure deux heures -, mais à l’inverse d’un Joseph Von Sternberg, Borzage n’est jamais ennuyeux. Au deux tiers du film ce dernier va d’ailleurs changer le rythme de son récit. L’intimité d’une chambre ou de rues quasi-désertes, cèdent la place à des colonnes de soldats et de taxis - de la Marne - se rendant sur le front. Ces scènes, ainsi que les scènes de combats qui suivent, sont impressionnantes et relèvent du grand spectacle. Signalons aussi que « L’heure suprême », sorti avant « L’aurore » et « Le chanteur de jazz », est l’un des tout premiers films sonore du cinéma. Si les acteurs demeurent muets, on y entend distinctement des bruitages, des voix et une chanson, « Diane », la première audible dans un long métrage.

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