L' HOMME DE LA RUE

L' HOMME DE LA RUE

MEET JOHN DOE

Une comédie dramatique de Frank Capra

117  mn

Avec Gary Cooper, Barbara Stanwyck, Edward Arnold, Walter Brennan, Spring Byington, James Gleason, Gene Lockhart, Rod La Rocque, Irving Bacon, Regis Toomey, J. Farrell McDonald, Warren Hymer, Harry Holman, Pierre Watkin, Stanley Andrews, Mitchell Lewis, Charles Wilson
Scénario de Robert Riskin
D'après Richard Connell, Robert Presnell
Musique de Dimitri Tiomkin
Photo de George Barnes
Produit par Frank Capra

RESUME
Une journaliste sur le point d'être licenciée invente l'histoire d'un homme simple qui veut se suicider par révolte contre la société. L'article fait réagir la population : les ventes seraient dopées si l'on trouvait celui qui incarnerait cet homme.

COMMENTAIRE
« L’homme de la rue » peut être considéré comme le dernier volet d’une tétralogie qui a commencé par « L’extravagant Mr. Deeds », a continué par « Vous ne l’emporterez pas avec vous » et par « Monsieur Smith au Sénat » avant de se conclure par ce film. Outre le fait que le personnage principal est à chaque fois un américain ordinaire interprété soit par James Stewart, soit par Gary Cooper, ces comédies opposent systématiquement le citoyen des couches populaires et laborieuses aux magnats de la finance et de la politique dont la seule religion est le profit et le pouvoir. Pour des raisons évidentes, ces privilégiés ont de tout temps été les boucs émissaires des crises économiques. Après celle de 1929, dont les dommages se font ressentir jusqu’au début de la deuxième guerre mondiale, l’amertume est à la mesure de la dépression. C’est ainsi que dans les années trente et encore en cette année 1941, Frank Capra n’a pas de mal à trouver un terrain favorable dans l’expression de cette opposition. Il en devient d’ailleurs le véritable chantre. Il en développe les thèmes avec un réel talent au point que rares seront ceux qui lui disputeront cette suprématie. Cependant, après trois films où il s’en sort plutôt bien, il se heurte avec « L’homme de la rue » aux limites de sa thématique qui repose sur une vision, certes portée par une élan humaniste, mais qui n’en demeure pas moins populiste, démagogique, et donc simpliste. Il a beau embrouiller les cartes en faisant de son John Doe un complice des magnats, à l’image de la fin dont il ne sera jamais satisfait, Capra est incapable de proposer un remède aux maux qu’il diagnostique, se bornant à formuler joliment ce que les masses aiment entendre. Incarnant les petites gens, John Doe est d’abord fabriqué de toutes pièces pour servir les intérêts d’un magnat. Il se réveille ensuite dans le personnage qui le porte lorsque celui-ci réalise la supercherie - dont il est également complice. Il est alors discrédité aux yeux de ses admirateurs par ce magnat qui l’a créé, et, finalement, devient l’étendard de cette population. Face aux élites corrompues, Capra montre des John Doe manipulés - manipulateurs aussi parfois ! -, qui ne sont pas dupes, qui se relèvent toujours face à l’adversité. Mais qu’est-ce que ce joueur de baseball porté par une foule en liesse peut faire pour elle ? L’encourager à créer des clubs « John Doe » ? Le grand élan humaniste dont se réclame Capra dans sa tétralogie accouche clairement ici d’un esprit boy-scout puéril. Le film n’en a pas moins été un succès - par la suite un incontournable classique -, ce qui peut paraître étonnant quand on connaît les longs dialogues bavards et pompeux qui plombent le film.

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