L' HOMME QUI RIT

L' HOMME QUI RIT

THE MAN WHO LAUGHS

Un film historique de Paul Leni

110  mn

Avec Mary Philbin, Conrad Veidt, Julius Molnar, Olga Baclanova, Brandon Hurst, Cesare Gravina, Stuart Holmes, Sam De Grasse, George Siegmann
Scénario de J. Grubb Alexander
D'après Victor Hugo
Photo de Gilbert Warrenton
Produit par Carl Laemmle

RESUME
Au 17ème siècle en Angleterre, un enfant est défiguré parce que son père a commis un crime de lèse-majesté. Abandonné par des voleurs, en errance dans la campagne enneigée, l’enfant découvrira un bébé. C’est un voyageur qui les recueillera et les élèvera.

COMMENTAIRE
En 1927, à la recherche de nouveaux talents, William Fox et Carl Laemmle font venir d’Europe pour travailler dans leurs studios respectifs, la Fox et la Universal, deux grands maîtres du cinéma expressionniste allemand. Ces deux génies, Friedrich Wilhelm Murnau et Paul Leni, vont mettre en scène quatre films hollywoodiens avant de disparaître - avec le cinéma muet - alors qu’ils n’ont pas quarante cinq ans. Si de ces destins curieusement semblables l’histoire a surtout retenu l’œuvre de Murnau, celle de Leni, qui avait été marquée en Allemagne par « Le cabinet des figures de cire », n’en est pas moins remarquable, la preuve en est cet « Homme qui rit ». Avec des moyens considérables en figurants, en décors, en costumes, il adapte de façon saisissante le roman de Victor Hugo. (Rappelons que cinq ans auparavant, Laemmle avait déjà choisi un roman historique de Hugo, « Notre-Dame de Paris », pour afficher ses ambitions). Connu pour ses talents de décorateur, Leni reconstitue certes un Londres du 18ème siècle convaincant, que ce soit les salles du palais de la reine ou les rues populeuses aux maisons à colombages, rien n’est laissé au hasard, mais ce sont surtout les éclairages travaillés qui, en apportant cette atmosphère fantasmagorique si particulière, séduit avant tout. Notons en particulier cette scène nocturne où un enfant marche dans la neige au milieu de gibets où se balancent des cadavres. Les lueurs qui apparaissent sur la ligne d’horizon, les squelettes en surimpression et l’enfant qui n’est plus qu’une tache noire mobile sur la neige dénotent d’un sens profond de la composition picturale. Se superpose à cette esthétique attrayante l’histoire à la fois pathétique et inquiétante d’un amour entre une aveugle et un homme - interprété par un Conrad Veidt au rictus inoubliable - dont le visage mutilé lui donne l’impression de sourire constamment. Outre la réflexion qu’un tel sujet peut inspirer, en particulier sur les rapports entre l’apparence et la réalité, on est face à quelque chose de sombre et de sordide. Pour encore appuyer cette impression, Leni aligne une impressionnante galerie d’acteurs à la mine patibulaire dont il fait encore ressortir les traits disgracieux par le jeu de la lumière ; il n’y a guère que la jeune aveugle (Mary Philbin découverte dans « Le fantôme de l’opéra ») et la duchesse (Olga Baclanova - ressemblant étrangement à Madonna) qui possèdent un physique agréable. La perversion est également omniprésente. Rappelant le cinéma d’Eric Von Strohein, on découvre un serviteur informe regarder par le trou d’une serrure la duchesse prenant son bain. Mais ce sont surtout les rapports entre cette belle duchesse et l’affreux héros qui surprennent. C’est en effet avec une sensualité étonnante que le réalisateur traite leur courte mais intense rencontre. Réalisé en 1927, le film ne sortit que l’année suivante après qu’une bande sonore ait été ajoutée. Comme dans « L’aurore », premier film américain de Murnau, des bruitages et des voix de foule viennent souligner l’action en plus de la musique.

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