LES HOMMES DE LA MER

LES HOMMES DE LA MER

THE LONG VOYAGE HOME

Un drame de John Ford

106  mn

Avec John Wayne, Barry Fitzgerald, Thomas Mitchell, Ian Hunter, John Qualen, Ward Bond, Wilfrid Lawson, Mildred Natwick, Arthur Shields, Joseph Sawyer, J. M. Kerrigan, Carmen Morales, Jack Pennick
Scénario de Dudley Nichols
D'après Eugène O'Neill
Musique de Richard Hageman
Photo de Gregg Toland
Produit par Walter Wanger

RESUME
Alors que les sous-marins allemands font la chasse aux cargos alliés qui s'aventurent dans l'Atlantique, l'un de ces navires a mission de ramener un chargement de dynamite en Angleterre. L'équipage acceptera en échange d'une augmentation de la solde.

COMMENTAIRE
« Les hommes de la mer » est certainement l’œuvre à la fois la plus difficile, la plus accomplie et la plus personnelle de John Ford. Après l’immense succès remporté par « La chevauchée fantastique », le cinéaste n’eut certainement aucun mal à obtenir le soutien du producteur indépendant Walter Wanger pour, cette fois-ci, entreprendre une œuvre d’esthète. En 1935, avec « Le Mouchard », Ford s’était déjà essayé à ce type d’exercice ce qui lui valut une ribambelle d’Oscars dont celui du meilleur réalisateur. Il avait donc là, non seulement l’occasion, mais également toute légitimité pour réaliser une nouvelle fois un film qu’on peut qualifier d’expérimental, tant il ne ressemble à rien de ce qui se fait à l’époque. De prime abord « Les hommes de la mer » est un film ennuyeux, long, ampoulé, dépourvu d’action, où la musique, les éclairages et les placements de caméra ne cessent d’aller à l’encontre des règles esthétiques établies du cinéma hollywoodien. La musique est souvent absente. Elle n’apparaît que dans les scènes clefs ou sous forme de morceaux joués par les protagonistes. Les éclairages très travaillés rappellent le cinéma expressionniste dont Ford est de toute évidence un admirateur. Dans de nombreuses scènes, la caméra filme en contre-plongée. Que ce soit les coursives du navire ou les gros plans de visages qui s’alignent dans une perspective, la profondeur de champ est également exploitée à l’extrême. De même, les plans s’éternisent volontairement, les silences sont omniprésents, donnant une impression de langueur. Le plus gênant demeure peut-être encore le tournage en studio qui se ressent tout au long du film. On est bien dans quelque chose d’esthétique qui s’apparente au « Mouchard » et à « Dieu est mort » réalisé quelques années plus tard. Pourtant s’ajoute ici une dimension absente dans les autres œuvres « expérimentales » du cinéaste : les relations qui lient les protagonistes d’un groupe soudé. Cette thématique qui forme la substance de la plupart des grandes œuvres fordiennes, en l’occurrence de « La chevauchée fantastique » cité plus haut, est une nouvelle fois au centre du propos. Que peut-on trouver de mieux que des matelots qui entreprennent une traversée de l’Atlantique, au risque de leur vie, pour décliner les multiples liens qui se nouent et se dénouent entre les hommes ? Or, le sujet devient une véritable étude de caractère dénuée d’intrigue. En privilégiant la peinture des personnages à l’histoire que ces derniers vivent, le cinéaste fait encore là œuvre d’originalité, une originalité déconcertante puisqu’elle entraîne un certain immobilisme, une pesanteur. Cette volonté de s’attacher plus aux personnages qu’à l’intrigue proprement dite - une constante chez Ford -, à laquelle s’allie un formalisme outrancier, font incontestablement des « Hommes de la mer » un film déconcertant. Cependant, en le reconsidérant, en le plaçant dans la perspective de l’œuvre fordienne, il apparaît comme un émouvant poème élégiaque dédié aux modestes hommes de bien. Comme le poème en vers, il obéit à des contraintes formelles, des structures torturées qui finissent par apporter une magie et une beauté dont la prose est dénuée.

Tous les droits de reproduction et de diffusion réservés © 2013 Hollywood33