LA HUITIÈME FEMME DE BARBE-BLEUE

LA HUITIÈME FEMME DE BARBE-BLEUE

BLUEBEARD'S EIGHTH WIFE

Une comédie de Ernst Lubitsch

86  mn

Avec Claudette Colbert, Gary Cooper, Edward Everett Horton, David Niven, Elisabeth Patterson, Herman Bing, Warren Hymer, Franklin Pangborn, Rolfe Sedan, Lawrence Grant
Scénario de Charles Brackett, Billy Wilder
D'après Alfred Savoir
Musique de Frederick Hollander, Werner R. Heymann
Photo de Leo Tover
Produit par Ernst Lubitsch

RESUME
Sur la Côte d'Azur un banquier américain croise la fille d'un noble désargenté. Après quelques mésaventures, il la demande en mariage. Apprenant qu'il a déjà été marié sept fois, elle acceptera en échange d’une part de sa fortune.

COMMENTAIRE
Un homme (Gary Cooper) entre dans un grand magasin et demande à n’acheter que le haut d’un pyjama, prétextant qu’il n’utilise pas le bas, comme la plupart des gens. Lorsqu’il insiste pour ne payer que la moitié de l’article, le vendeur demande à en référer à sa hiérarchie. Il part consulter son chef, qui consulte le sien, qui finit par téléphoner au directeur du magasin. Encore au lit, celui-ci doit se lever pour décrocher. C’est alors qu’on découvre qu’il ne porte lui aussi pour tout vêtement qu’un haut de pyjama… A l’instar du film, cette scène très connue que l’histoire du cinéma a retenue et ne cesse de relater, est finalement très surestimée. Elle ne fait en effet appel à aucun sous-entendu vraiment amusant, sinon au fait que beaucoup de monde n’utilise que le haut d’un pyjama alors qu’il en paye les deux pièces. (Il est vrai toutefois qu’elle permet d’introduire de façon très originale le personnage féminin). D’autres scènes de « La huitième femme de barbe-bleue » relève du même humour facile : l’ail qu’on mange pour être repoussant, le boxeur qui se trompe de cible, etc. Pour autant le film n’est pas totalement dépourvu de la fameuse Lubitsch touch. Effectivement, plus amusante, plus méconnue aussi, la scène du psychiatre qui chasse son chien de son cabinet avant de prendre en consultation un homme qui aboie. L’attitude du médecin suggère qu’il craint que des « relations » pourraient se tisser entre le fou et l’animal. Imaginer les raisons pour lesquelles le praticien fait sortir son chien conduit immanquablement au rire, un rire encore stimulé par le clin d’œil facétieux du cinéaste qui se devine derrière ce tableau. Mais c’est bien l’une des rares scènes vraiment amusantes. Vaudeville s’articulant autour de l’amour et de l’argent, le film ne possède ni la délicatesse de « Ange », la précédente comédie de Lubitsch, ni l’approche épicurienne de « Ninotchka », son film suivant. A cela s’ajoutent d’horribles transparents, et surtout le jeu outrancier de Cooper. Comme dans « Sérénade à trois », sa première collaboration avec Lubitsch, l’acteur surjoue maladroitement et amoindrit les effets comiques du film et le côté sophistiqué qui fait la force de l’œuvre du cinéaste. A l’inverse d’un Frank Capra qui dirigera Cooper avec succès dans deux comédies, Lubitsch n’a de toute évidence pas estimé que l’image qu’on avait de Cooper se conciliait difficilement avec des attitudes clownesques. Reste à dire que ces critiques n’ont de sens que parce qu’on attend un chef-d’œuvre de chaque film de Lubitsch. Car « La huitième femme de Barbe-Bleue » n’en est pas moins l’une des meilleures comédies de l’année 1938. En l’occurrence, elle ne souffre pas de la comparaison avec les meilleures comédies de Mitchell Leisen, également écrites par le tandem Billy Wilder-Charles Brackett et toujours interprétées par une Claudette Colbert excellente dans le registre.

Tous les droits de reproduction et de diffusion réservés © 2013 Hollywood33