JE N'AI PAS TUÉ LINCOLN

JE N'AI PAS TUÉ LINCOLN

THE PRISONER OF SHARK ISLAND

Un drame historique de John Ford

92  mn

Avec Warner Baxter, Gloria Stuart, Claude Gillingwater, Arthur Byron, O. P. Heggie, Harry Carey, Francis Ford, John McGuire, Francis McDonald, John Carradine, Fred Kohler, Paul Fix, Etta McDaniel, J. M. Kerrigan, Arthur Loft, Paul McVey, Jack Pennick
Scénario de Nunnally Johnson
D'après Samuel A. Mudd
Musique de Louis Silvers
Photo de Bert Glennon
Produit par Darryl Francis Zanuck

RESUME
Un médecin soigne un homme de passage sans savoir qu'il est l'assassin du président Lincoln. Cela lui vaudra d'être jugé en tant que complice et d'être condamné à la prison à vie au pénitencier de Shark Island où ses geôliers seront sans pitié.

COMMENTAIRE
Sorte de Dreyfus américain, Samuel A. Mudd, dont le film retrace l’histoire à partir de son propre récit, est condamné à perpétuité - également dans une île du Diable - par une cour martiale composée de militaires partiaux, pour apaiser semble-t-il une opinion publique nordiste qui continue à diaboliser le Sud malgré la fin de la guerre. Médecin sudiste capable de soigner l’assassin de Lincoln comme ses bourreaux, son sort se révèle d’autant plus injuste que l’homme est profondément bon et altruiste. Mais comme paralysé par le respect qui se doit d’entourer le parcours de ce héros de l’Amérique, tout ceci est exposé avec raideur. Accomplissant une œuvre de commande pour Darryl Francis Zanuck avec lequel il collabore pour la première fois, John Ford se contente en effet de relater les faits sans apporter la fantaisie qui aurait permis d’insuffler une dimension plus humaine au personnage. Refusant d’ajouter des pointes d’humour, ou des séquences contemplatives, freiné aussi par le jeu trop guindé de Warner Baxter, il est plus proche ici d’un « Arrowsmith » que d’un « Doctor Bull », pour ne citer que les films où il relate la vie de médecins. Hormis le pénitencier où il a concentré tous ses acteurs fétiches (Francis Ford, Harry Carey, John Carradine, Jack Pennick - qui n’apparaît pas au générique !), peu de chose permet de reconnaître le cinéma de Ford. La mise en scène qui flirte parfois avec le cinéma expressionniste n’en est pas moins efficace. On notera en particulier la séquence du procès ou de l’exécution capitale particulièrement sombres et inquiétants. A côté de cela le film affiche une importante figuration noire formant la main-d’œuvre du médecin mais aussi le personnel pénitencier. Ce sont des êtres ahuris, manipulables et craintifs, en particulier dans la scène où ils se barricadent pour échapper à la fièvre jaune ; mais par ailleurs ils sont dévoués, débonnaires et bon vivants dans les relations qu’ils entretiennent avec leur maître en qui ils ont une confiance sans limite. A l’instar du personnage principal qui tout en incarnant l’image humaniste du film n’en demeure pas moins un ancien esclavagiste, le film est incontestablement ambigu. Il témoigne en fait de la foi sincère et naïve qui s’impose à l’époque, que la race blanche est différente de la race noire.

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