JEUNE AMÉRIQUE

JEUNE AMÉRIQUE

YOUNG AMERICA

Un mélodrame de Frank Borzage

71  mn

Avec Spencer Tracy, Doris Kenyon, Tom Conlon, Ralph Bellamy, Raymond Borzage, Beryl Mercer, Sarah Padden, Jane Darwell
Scénario de William M. Conselman
D'après John Frederick Ballard
Musique de George Lipschultz
Photo de George Schneiderman

RESUME
Un jeune orphelin de 13 ans passe devant le juge pour avoir conduit une voiture qui ne lui appartenait pas. Relâché, il ne tardera pas à revenir devant le magistrat pour un vol avec effraction qu'il a commis avec un camarade.

COMMENTAIRE
Une scène, une seule, a le pouvoir de porter un film, de se diffuser pour insuffler une force à un ensemble qui aurait été plus quelconque sans elle. L’agonie de l’enfant réconforté par son ami en pleurs en est une. Orphelins tous les deux, leur amitié qui représente ce qu’ils ont de plus précieux, prend sa véritable dimension au tournant de cette scène. Traitée assez classiquement jusqu’à cet émouvant dénouement, cette amitié - mise à mal par les décisions d’un juge - se manifeste en particulier dans les dernières paroles poético-mystiques de l’enfant : « Tu te souviens de l’avion que j’avais inventé ? Il vole, pas de doute. Toi et moi, on vole dedans, très haut. Très haut dans les nuages… Tout près des étoiles. Et on flotte. On fait juste flotter. ». Mais outre ces paroles magnifiques, c’est la forme, véritable prouesse de mise en scène, qui subjugue. Comment Frank Borzage est-il parvenu à un résultat aussi confondant de réalisme ? Les yeux qui clignent, la gorge qui se serre, les narines qui se dilatent, les larmes qui coulent le long des joues, la voix nasillarde, l’enfant qui de toute évidence pleure véritablement, compose l’une des scènes les plus émouvante qu’on ait eu l’occasion de voir. Toujours digne, inconscient de ce qui l’attend, incroyablement juste, il ne fait jamais dans le larmoyant et le mièvre. Cette scène renvoie inévitablement à une autre tournée la même année par Borzage et qui constitue également le point d’orgue du film, la mort de l’héroïne dans « L’adieu au drapeau ». On retrouve dans les deux scènes cette foi borzagienne en un amour - une amitié ici - se poursuivant par-delà la mort. A côté de cela, le film pâtit d’un scénario conventionnel qui ne parvient pas à rendre justice à l’histoire. De même que certaines idées de mise en scène, comme les postures désinvoltes du juge où les attitudes appuyées de Spencer Tracy, ne peuvent manquer de déranger.

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