LE JOYEUX BANDIT

LE JOYEUX BANDIT

THE GAY DESPERADO

Une comédie musicale de Rouben Mamoulian

86  mn

Avec Nino Martini, Ida Lupino, Leo Carrillo, Harold Huber, Stanley Fields, Mischa Auer, Paul Hurst, Allan Garcia, Frank Puglia, Harry Semels
Scénario de Wallace Smith
D'après Leo Birinski
Musique de Alfred Newman
Photo de Lucien Andriot
Produit par Mary Pickford, Jesse L. Lasky

RESUME
Pour stopper la bagarre qui a lieu dans son établissement, un directeur de cinéma pousse un chanteur à interpréter une chanson. Dans la salle apaisée, un bandit conquis par le talent de l'artiste lui propose de rejoindre sa bande de hors-la-loi.

COMMENTAIRE
On ne s’attend pas à découvrir dans la filmographie de Rouben Mamoulian un film aussi stupide et aussi peu ambitieux. Comment croire que le réalisateur de « La reine Christine », du « Cantique des cantiques », et d’ « Arènes sanglantes », se fourvoie dans un travail qui relève de la banale série B ! « Le joyeux bandit » relate en effet une histoire dont l’ineptie n’a d’égale que l’inconsistance des personnages. Mélange curieux de comédie, de western, et de musical se situant au milieu des haciendas et des cactus, le film associe avec une aisance décomplexée, bandits mexicains, gangsters américains, airs d’opéra, émission de radio et kidnapping. Autant dire que nous nous situons dans ce qui peut se faire de plus débridé dans le cinéma hollywoodien. Or, loin de donner un peu de hauteur à ce sous genre souvent décevant qu’est la comédie musicale loufoque - comme on aurait pu s’y attendre venant de Mamoulian -, le réalisateur se contente de faire son métier. On a bien quelques recherches formelles sur l’image, (ombres chinoises produites par le soleil couchant ou prises de vue surplombant les scènes), mais cela ne suffit pas à faire oublier le jeu outrancièrement ridicule des interprètes et le scénario facile. Pourtant, à l’image d’un film digne de Mamoulian, l’ouverture est prometteuse. On y découvre une impressionnante poursuite en voiture rythmée par des tirs de mitrailleuse typique des films de gangsters, une séquence qui se révèle, après quelques minutes, être celle d’un film projeté dans une salle de cinéma bondée de Mexicains attentifs - affublés de sombreros qui rendent difficile la vue de l’écran. Ajouté à l’effet de surprise d’une telle transition, le scénario joue avec le dialogue, donnant aux protagonistes des paroles provenant du film dans le film. Hélas, la comédie s’enlise rapidement dans quelque chose de plus ordinaire. En fait, le film est bâti autour de Nino Martini, ténor italien venu en Amérique au début des années trente pour prêter son talent au cinéma. De façon totalement incongrue, dans un environnement qui l’est tout autant, il ne cesse de chanter en toute occasion des airs d’opéra, plombant le film de façon rédhibitoire. Dans ces conditions, on comprend que « Le joyeux bandit » - qui n’en est pas moins le meilleur film de Martini, acteur bien oublié aujourd’hui - soit indigne de la filmographie de Mamoulian. D’autant qu’il n’a à sa disposition que des acteurs de second plan, Ida Lupino, en début de carrière, n’étant encore qu’une starlette. Reste à savoir pourquoi le cinéaste a accepté de tourner ce film qui est incontestablement le plus mauvais de sa carrière.

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