JUDGE PRIEST

JUDGE PRIEST

JUDGE PRIEST

Une comédie dramatique de John Ford

77  mn

Avec Will Rogers, Tom Brown, Anita Louise, Henry B. Walthall, David Landau, Rochelle Hudson, Frank Melton, Charley Grapewin, Berton Churchill, Francis Ford, Hattie McDaniel, Stepin Fetchit
Scénario de Dudley Nichols, Lamar Trotti
D'après Irvin S. Cobb
Musique de Cyril Mockridge
Photo de George Schneiderman
Produit par Sol M. Wurtzel

RESUME
1890 dans le Kentucky. Le juge Priest est un veuf affable connu pour sa clémence. Quand il ne subit pas les attaques du procureur, un sénateur qui vise son siège, il défend contre l'avis de sa belle-sœur la passion qui lie son gendre à une voisine.

COMMENTAIRE
« Judge Priest » est à n’en pas douter l’un des très grands films de John Ford. On y trouve exposé de façon imposante tout ce qui fait la force humaniste de son cinéma. Réalisé l’année précédente, « Doctor Bull » avait certes été un remarquable galop d’essai, mais ce deuxième film interprété par Will Rogers annonce les chefs-d’œuvre incontestables que sont « Vers sa destinée », « L’homme tranquille » et « Le soleil brille pour tout le monde ». Ce qui fascine avant tout, ce sont non seulement ces valeurs fordiennes originales et presque subversives dans le cinéma hollywoodien, mais c’est aussi la maestria avec laquelle il les exprime. Ford est de toute évidence un épicurien. Rien n'a plus de valeur à ses yeux que l'ataraxie, le plaisir simple de l’instant. C’est ainsi que le juge Priest passe son temps à la pêche, joue au criquet avec les autres notables, passe ses soirées assis à la terrasse de sa véranda à siroter de l’alcool de menthe. (Au passage, notons cette scène magnifique où il converse avec sa femme morte depuis de nombreuses années ; une scène récurrente dans l’œuvre fordienne). Mais à travers ce juge campé magistralement par Rogers, Ford condamne également tout ce qui pourrait entraver ce bonheur. Les ambitions, les calculs intéressés, les mesquineries, les conservatismes, les préjugés, sont autant de postures dont il se moque. Ce juge n’intervient-t-il pas pour que son gendre se marie avec celle qu’il aime et non pas avec celle qui lui apporterait une réussite sociale comme sa mère le voudrait ? Mais là où Ford devient dévastateur, iconoclaste, c’est lorsqu’il place tout le reste au second plan. Lors du procès, il s’intéresse moins aux propos échangés qu’à ce douzième juré - campé par son frère Francis - qui se divertit en crachant dans un crachoir qu’un greffier place toujours plus loin… C’est ce même rapport aux plaisirs simples qui fait qu’un personnage sera sympathique ou non chez Ford. Il suffit qu’il soit modeste, qu’il ait besoin de peu, qu’il recherche son bonheur et celui de ses proches sans empiéter sur celui des autres, pour avoir toute notre sympathie. Quand on sait que Ford, alias le Juge Priest ici, ne juge pas sur les actes mais sur les intentions, le personnage peut avoir été un criminel, il sera pardonné si ses projets répondent à des besoins simples. Cette thématique est si brillamment exposée ici qu’elle ne peut éviter de nous tirer les larmes.

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