LA LETTRE

LA LETTRE

THE LETTER

Un drame de William Wyler

95  mn

Avec Bette Davis, Herbert Marshall, James Stephenson, Frieda Inescort, Gale Sondergaard, Bruce Lester, Cecil Kellaway, Sen Yung
Scénario de Howard Koch
D'après W. Somerset Maugham
Musique de Max Steiner
Photo de Tony Gaudio
Produit par William Wyler

RESUME
A Singapour, la femme d'un exploitant de caoutchouc tue froidement un homme parce que ses avances seraient devenues trop pressantes. Or, avant le procès, l'avocat découvre l'existence d'une lettre qui tendrait à prouver que l’homme était son amant.

COMMENTAIRE
Le film s’ouvre sur un plan-séquence magnifique, d’apparence complexe, une introduction toute en virtuosité qui annonce celle que John Villiers Farrow accomplira dans « Révolte à bord » ou Orson Welles dans « La soif du mal ». Alors que l’histoire dépourvue d’action, par nature statique, avait tout pour devenir du théâtre filmé ennuyeux, William Wyler parvient à retenir l’attention de bout en bout. Si tout n’est évidemment pas à l’image de l’introduction, les scènes sont constamment réfléchies afin que la caméra soit perpétuellement en phase avec les intentions du propos. Par un choix judicieux de gros plans successifs de visages, ou de placements de personnages dans la profondeur de champ, la complexité des émotions s’exprime. On s’étonne de constater comme les silences sont également une composante essentielle de sa mise en scène. Quand le cinéma hollywoodien de l’époque à tendance à crouler sous des dialogues, le cinéaste prend son temps, ponctue ses scènes de moments de silence, va jusqu’à tourner des séquences entièrement muettes. Ceci apporte un rythme, une respiration au film qui s’avère bénéfique au ressenti du reste. Mais si Wyler s’attache à la forme, c’est avant tout sa direction d’acteur qui apporte sa force au propos. Aidé par une Bette Davis insolente de talent dans ce type de rôle, il compose un personnage dont la complexité forme toute l’ambition et l’intérêt du film. Porteuse d’un lourd secret qui s’évente peu à peu, l’héroïne doit constamment changer d’attitudes pour éviter une condamnation à mort pour meurtre. Dans un style propre à Davis, elle opère ses changements de stratégie avec un aplomb déconcertant qui ne peut laisser indifférent. Longtemps mystérieux, pouvant être suspecté de folie, le personnage se dévoilera entièrement à l’occasion d’une scène fulgurante. On notera aussi le curieux rôle de Gale Sondergaard qui, ne parlant presque pas durant tout le film, exprime dans son regard toute la haine et la rancœur qu’elle voue à l’héroïne. Une nouvelle fois Wyler joue avec les postures, la caméra, la lumière, la musique aussi, pour insuffler à ce personnage sa dimension inquiétante.

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