LILIOM

LILIOM

LILIOM

Un mélodrame de Frank Borzage

90  mn

Avec Charles Farrell, Rose Hobart, Estelle Taylor, Lee Tracy, James Marcus, Walter Abel
Scénario de S.N. Behrman, Sonya Levien
D'après Ferenc Molnar
Musique de Richard Fall
Photo de Chester Lyons

RESUME
Une servante s'éprend d'un bonimenteur de fête foraine, un bon à rien coureur de jupon. Renvoyé pour avoir été trop entreprenant, il vient vivre avec elle. Malgré les mises en garde qui lui sont adressées, elle ne cesse de l'aimer.

COMMENTAIRE
Le son est approximatif, - dû a des techniques encore rudimentaires en ce début du parlant - les décors sont stylisés et austères, les dialogues sont démonstratifs et le rythme est lent, mais loin de porter préjudice au film, ces imperfections - choisies ou subies - ajoutent à sa poésie. Ouvertement fantastique dans le dernier tiers, irréel, agrémenté de nombreuses maquettes, le film est surréaliste. Frank Borzage exprime ainsi une relation amoureuse dans ce qu’elle a de plus essentiel : il ne fait qu’esquisser la réalité, la suggérer pour mieux faire ressortir ce qu’on ne peut montrer, c’est à dire les rapports sentimentaux qui lient deux êtres. Cette mise en scène étrange lui permet aussi d’exprimer concrètement, sans paraître grotesque, le mysticisme sous-jacent à toute son œuvre où l’amour transcende la mort. Car le héros monte au ciel et passe dix ans au purgatoire avant de revoir sa femme et sa fille. La mort n’est donc plus la fin d’une histoire, mais une simple étape après laquelle, si les amants sont physiquement désunis, ils sont encore unis par l’esprit en continuant à penser l’un à l’autre. L’agonie de Liliom anticipe les scènes finales de « L’adieu aux armes », des « Trois camarades » ou « Mortal Storm », pour ne citer que les meilleures. Alors que dans ces films, Borzage use de lyrisme pour suggérer que la mort ne séparera pas spirituellement les amants, dans « Liliom », le fabuleux lui permet de « montrer » cette foi en l’amour éternel. Autre constante de l’œuvre de Borzage, la mort est libératrice car les amants ne subissent plus les contraintes matérielles qui sont une entrave à l’expression de leur amour. Ici mieux qu’ailleurs, cette idée prend corps. La petite serveuse aime passionnément un bon à rien qui l’a fait souffrir et fait de sa vie un enfer. La mort de ce dernier ne peut que la libérer. Sachant par ailleurs qu’ils s’aimeront toujours, elle est résignée et non pas accablée dans cette scène admirable où elle accompagne son mari dans la mort.

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