L' ATHLÈTE INCOMPLET

L' ATHLÈTE INCOMPLET

THE STRONG MAN

Un film burlesque de Frank Capra

76  mn

Avec Harry Langdon, Priscilla Bonner, Gertrude Astor, William V. Mong, Robert McKim
Scénario de Hal Conklin, Robert Eddy
D'après Arthur Ripley
Photo de Elgin Lessley, Glenn Kershner

RESUME
Durant la Première Guerre, un petit Belge est fait prisonnier par un Allemand gros et très fort. La guerre finie, devenus amis, ils émigrent aux USA pour y monter des spectacles. Le Belge espère aussi y retrouver la fille qui lui envoyait des lettres.

COMMENTAIRE
On peut lire dans l’autobiographie de Frank Capra, « Edwards [le réalisateur de « Plein les bottes » sorti avant « L’athlète incomplet »] ne pouvait admettre la façon dont Langdon se permettait maintenant d’approuver ou de désapprouver le moindre de ses gestes. Il déclara forfait avant d’attaquer le deuxième long métrage, en suggérant à Langdon qu’il me prenne comme metteur en scène. ». C’est ainsi que « L’athlète incomplet », le deuxième long métrage de Harry Langdon, devient le premier film que réalise Capra. On apprend également en lisant « Hollywood Story », que le film remporta un immense succès et qu’il contribua à faire de Langdon une vedette internationale à l’égal d’un Charlie Chaplin. Or, à la lumière de l’histoire, Langdon se révèle une curiosité éphémère (dont il a lui-même accéléré la fin) bien loin des Chaplin et autres Harold Lloyd. De même, comparé aux autres grandes œuvres burlesques de l’époque, « L’athlète incomplet » décline une comédie inégale traversée de beaux moments de bravoure, mais aussi de maladresses et de longueurs. A l’inverse des grands comiques, auteurs de leurs gags et maîtres de leur personnage, Langdon ne doit son succès qu’à un physique particulier marqué par une apparence d’enfant. Son personnage repose entièrement sur cette étrange particularité sans chercher à la transcender ou à lui donner une véritable cohérence. Il est espiègle, craintif, lunaire, naïf, maladroit, appelle à l’attendrissement, exploite finalement sans discernement tout ce qui caractérise l’enfance. Pour autant, il conserve certaines attitudes de l’adulte, comme avoir une relation amoureuse avec une jeune femme. (Cette histoire d’amour entre un voyageur et une aveugle n’est pas sans rappeler celle des « Lumières de la ville » réalisé cinq ans plus tard par Chaplin). Cette séquence où Langdon s’enfuit effrayé par la nudité d’un modèle qui pose pour un sculpteur, s’accommode également mal avec l’idée qu’on se fait de ce personnage enfant. Ajouté à cela, le film présente des scènes qui tirent en longueur comme celle où, parmi les voyageurs d’un car, Langdon insiste lourdement sur le fait qu’il est malade. Tout cela pour, à la fin, s’enduire le torse de pâtée au lieu de pommade au camphre. Il y a aussi cette longue scène, totalement hors sujet, où une femme tente de récupérer la liasse de billets qu’elle a discrètement glissée dans la poche du héros. Même une idée intéressante comme ce soldat assis dans un no man’s land qui repousse l’ennemi avec un lancepierre - alors qu’il a une mitrailleuse à sa disposition -, est altérée par une insistance, une répétition, des pièges dans lesquels les grands burlesques évitent de tomber. Ceci étant, le film fait souvent preuve d’imagination. Florilège de cascades, de scènes de foule, de séquence spectaculaires toutes plus surprenantes les unes que les autres, le délire destructeur qui conclut le film est représentatif de ce point de vue.

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