MADAME MINIVER

MADAME MINIVER

MRS. MINIVER

Un drame de William Wyler

134  mn

Avec Greer Garson, Walter Pidgeon, Teresa Wright, Dame May Whitty, Reginald Owen, Henry Travers, Richard Ney, Henry Wilcoxon, Helmut Dantine, Rhys Williams
Scénario de Arthur Wimperis, George Froeschel, James Hilton, Claudine West
D'après Jan Struther
Musique de Herbert Stothart
Photo de Joseph Ruttenberg
Produit par Sidney Franklin

RESUME
@S@P@D(TW)@B@R@F.En Angleterre, les Miniver vivent heureux avec leurs trois enfants. L'aîné fait ses études à Oxford ; il s'éprend de la petite fille de la baronne. Puis c'est l'entrée en guerre du pays, remettant en cause ce bonheur.

COMMENTAIRE
Lorsque le film sort sur les écrans en 1942, cela fait moins d’un an que l’Amérique a déclaré la guerre aux pays de l’axe. Après décembre 1941, dégagé de tout devoir de réserve auquel il était plus ou moins tenu afin de respecter la neutralité du pays, Hollywood s’engage rapidement et farouchement dans une guerre de l’image. A côté de films qui dressent le portrait d’un ennemi monstrueux, (on compte cette année-là « Sabotage à Berlin », « La sentinelle du Pacifique » ou « Hitler’s Children »), cette guerre passe aussi par l’exposé des malheurs endurés par les alliés outre Atlantique, une forme de propagande plus attachante, mais non moins efficace, faisant appel à l’empathie et non à la haine. En se projetant sans difficulté dans la vie d’hommes et de femmes meurtris par ce conflit, l’Américain moyen ne peut que compatir et s’indigner. C’est dans ce contexte que William Wyler s’empare d’un sujet d’une actualité brûlante : une famille anglaise parmi tant d’autres est confrontée à une guerre qui se manifeste par des bombardements, des enfants qui s’engagent dans l’armée, la constitution de comités d’autodéfense. De tous les films qui abordèrent à cette époque ce type de sujet, « Madame Miniver » est certainement le plus beau. Le traitement se révèle si convaincant que l’œuvre remporta, à juste titre, de nombreux Oscars dont celui du meilleur film. Ajoutons que Wyler travaillera trois fois pour la MGM, remportant à chaque fois un prix : deux Oscars, pour ce film et « Ben-Hur » et une palme d’or à Cannes pour « La loi du seigneur ». (Et pourtant le cinéaste ne fera jamais l’objet d’études sérieuses en France, tels les Lang, Hawks, Hitchcock et autres Welles tout aussi talentueux). En faisant de chacun de ses personnages des êtres attachants, il parvient à rendre passionnante une histoire relativement banale. Pour ne parler que d’elle, la grand-mère interprétée par Dame May Whitty renvoie de façon étonnement juste l’image d’une aristocratie arrogante et imbue d’elle-même qui ne peut toutefois s’empêcher d’exprimer la bonté contenue en elle. Concernant Teresa Wright que Wyler a découvert l’année précédente dans « La vipère », elle est d’un charme, d’une modernité et d’une fraîcheur étonnants. Ajouté à cela, les séquences grossièrement mélodramatiques comme la remise d’un prix au chef de gare possèdent une fulgurance stupéfiante. Les attitudes d’Henry Travers lorsqu’il est poussé dans l’allée par ses amis traduisent toute la complexité des sentiments qui l’assaillent à ce moment-là. La façon dont est traitée la mort de la jeune fille est également prodigieuse. Elle rend l’âme sur le sol d’un couloir obscur alors qu’elle a été laissée seule quelques instants par sa belle mère. On entend alors celle-ci revenir en courant comme si elle avait senti que le pire était arrivé, donnant à cette mort une touche plus saisissante encore.

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