MON GRAND (1932)

MON GRAND (1932)

SO BIG

Un mélodrame de William A. Wellman

80  mn

Avec Barbara Stanwyck, Bette Davis, George Brent, Dickie Moore, Guy Kibbee, Mae Madison, Robert Warwick, Earle Foxe, Alan Hale, Dorothy Peterson, Elisabeth Patterson
Scénario de J. Grubb Alexander, Robert Lord
D'après Edna Ferber
Musique de W. Frank Harling
Photo de Sidney Hickox
Produit par Jack L. Warner

RESUME
A la mort de son père, une jeune femme qui vient de terminer ses études part à la campagne où l'attend un poste d'institutrice. Elle finira par épouser un cultivateur dont elle partagera la rude existence avant d'avoir un enfant de lui.

COMMENTAIRE
Comme dans « Purchase Price » sorti la même année, William A. Wellman trace un portrait sans complaisance du monde paysan : il en fait des rustres, voire des demeurés. Confrontés à des conditions difficiles, la plupart de ceux qui composent ce monde possèdent une rudesse due à un manque de sensibilité - certainement nécessaire à leur survie - et d’éducation. Lorsque la jeune ingénue interprétée par Barbara Stanwyck débarque de la ville et qu’elle a la naïveté de dire au cultivateur qui vient la chercher que les choux c’est beau, la remarque devient le sujet d’amusement de nombreuses veillées. Les gros plans déformants sur le visage des paysans ingurgitant leur nourriture, l’absence de délicatesse envers la femme qu’on vient d’épouser, le manque d’intérêt pour l’éducation, sont autant d’éléments qui composent une peinture peu reluisante de cette catégorie sociale. De toute évidence, l’objectif est d’opposer ce caractère brut à une attitude plus raffinée incarnée par Stanwyck et un jeune paysan qui, lui aussi, trouve beau l’apparence du chou. Le film demeure intéressant tant que les valeurs esthétiques et culturelles sont perçues comme marginales et sont rejetées par la rudesse et la grossièreté des gens de la terre. Hélas, après une heure de film, dans un esprit très américain, la réussite sociale entre en lice et vient arbitrer de façon peu crédible le bien-fondé de ces valeurs alors non reconnues. Tiré d’un roman épique de Edna Ferber, le film relate en quatre vingt minutes - ce qui en soi est un tour de force - la vie d’une femme. Certainement dû au fait qu’il n’est que le résumé de l’œuvre originale, ce film défie l’analyse. Toutes intéressantes mais exploitées de façon incohérente et trop succincte, les nombreuses idées qui y figurent se parasitent les unes les autres pour aboutir à quelque chose de confus. « Peu importe ce qui arrive, bon ou mauvais, c’est du velours » : cette approche poétique de la vie, formulée à l’héroïne par son père au début du film, n’est jamais mise en valeur par un comportement ou une décision. Il est difficile aussi de comprendre pourquoi cette femme cultivée et intelligente se marie avec un rustre. Mais pour revenir à la dernière partie du film qui relève de la même démarche que « Géant », écrit aussi par Ferber, l’intrigue fait subitement un saut dans le temps pour dévoiler ce que deviennent les protagonistes. On découvre que le garçon qui aimait les choux est devenu un artiste de renommé mondiale, que l’héroïne n’a jamais cessé de cultiver la terre, et que son fils est un architecte jugeant que sa profession n’est pas suffisamment lucrative. Au grand dam de sa mère qui préfère le savoir architecte, ce dernier devient agent de change. L’intention de tout cela se trouve résumée par une phrase qui conclut le film : « Il n’y a que deux sortes de gens qui importent. Les uns sont les blés, les autres l’émeraude », le blé étant les gens de la terre alors que l’émeraude symbolise les artistes. Cette phrase aurait été prononcée par le père de l’héroïne au début du film. Or le père n’a jamais formulée ce type de propos. A l’image de cette confusion, le début et la fin du film ne semblent pas relever des mêmes démarches. A se demander d’ailleurs s’il a été écrit par les mêmes personnes. Comment expliquer sinon que les paysans qui importent tant à la fin du film soient traités de façon aussi navrante au début, que l’étude courageuse et presque ethnographique des milieux ruraux devienne une intrigue bourgeoise conventionnelle et démagogique, que le début qui présente des personnages et des situations crédibles, donne place à la fin à des artistes célèbres et à des architectes qui deviennent agent de change tout aussi stéréotypé qu’improbable.

Tous les droits de reproduction et de diffusion réservés © 2013 Hollywood33