LE MOUCHARD

LE MOUCHARD

THE INFORMER

Un drame de John Ford

92  mn

Avec Victor McLaglen, Heather Angel, Preston Foster, Margot Grahame, Wallace Ford, Una O'Connor, J. M. Kerrigan, Donald Meek, Francis Ford, May Boley, Denis O'dea
Scénario de Dudley Nichols
D'après Liam O'Flaherty
Musique de Max Steiner
Photo de Joseph H. August
Produit par Cliff Reid

RESUME
@S@M@A@R.En 1922, à Dublin, un rebelle rejeté par les siens dénonce un de ses amis recherché par l'armée anglaise, et ce afin de gagner les 20 £ de récompense. Mais l'organisation poursuivra ce mouchard responsable de la mort de l'un des leurs.

COMMENTAIRE
Pas moins de quatre Oscar récompensent ce film qui dénote dans le paysage cinématographique de l’époque. C’est le premier Oscar que John Ford remporte en tant que réalisateur ; suivront trois autres (« Les raisins de la colère » en 1940, « Qu’elle était verte ma vallée » en 1941 et « L’homme tranquille » en 1953) qui feront de lui le cinéaste le plus oscarisé de l’histoire du cinéma. Ceci étant, on ne peut être que surpris qu’un film au formalisme si atypique - et plutôt fauché -, ait remporté à ce point les faveurs de la communauté hollywoodienne qui arrête habituellement ses choix sur des œuvres prestigieuses souvent plus remarquables par leur sujet que par leur forme. Car si le sujet est adroitement traité par Dudley Nichols qui remporta également l’Oscar pour son scénario, il ne possède pas pour autant l’originalité des films récompensés les autres années : « New-york-Miami » ouvre l’ère de la Screwball Comedy tandis que « L’extravagant M. Deeds » se présente comme un conte philosophique idéalisant la politique du New Deal en place à l’époque. L’histoire du « Mouchard » étant celle d’une banale trahison dont la principale originalité est de se dérouler en temps réel, les qualités du film sont indéniablement d’ordre esthétique. Se rappelant probablement de l’époque où à la Fox il s’inspirait du savoir-faire de son génial collègue Friedrich Wilhelm Murnau, Ford travaille la lumière, les ombres, les angles, les brumes - qui permet également de cacher les misérables décors RKO - pour renouer avec une photo expressionniste. Il ne craint pas non plus de faire de fréquents fondus enchaînés pour représenter les obsessions de son protagoniste principal. Il insiste délibérément sur les émotions de celui-ci en faisant surjouer Victor McLaglen et en le filmant souvent en gros plan. Dans un cinéma américain connu pour la « transparence » de sa mise en scène, l’outrance formelle du « Mouchard » en fait, chose exceptionnelle à l’époque, ce qu’on appellera plus tard du cinéma d’auteur par opposition au cinéma populaire. Avec plus ou moins de bonheur, il reproduira ce type d’expérience dans deux autres films, « Les hommes de la mer » en 1940 et « Dieu est mort » en 1947. L’œuvre de Ford, l’incarnation de ce que le cinéma américain de l’âge d’or a de plus pur et de plus parfait, est ainsi émaillée de films esthétiquement très personnels qui ne ressemblent à rien de connu à priori, démontrant que derrière des apparences populistes, ce cinéaste possède en vérité une vision universelle d’un art qu’il cherche à bousculer. Mais « Le mouchard » possède une autre particularité : la présence soutenue de la musique qui lui valut son quatrième Oscar. Composée par Max Steiner, plus qu’omniprésente, elle souligne tellement l’action que par moment le film est assimilable à de l’opéra filmé. C’est probablement l’aspect le plus novateur du film, mais c’est aussi le plus crispant. Autant les scènes où elle est absente - comme celle où le rebelle recherché par l’armée anglaise retourne chez sa mère - sont admirables, autant les autres sont pénibles par leur côté grossièrement démonstratif. Le résultat est un film stylisé qui apporte au cinéma ce qu’il retire à la crédibilité de l’intrigue.

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