L' AURORE

L' AURORE

SUNRISE

Un mélodrame de Friedrich Wilhelm Murnau

92  mn

Avec George O'Brien, Janet Gaynor, Margaret Livingstone, Bodil Rosing, J. Farrell McDonald
Scénario de Carl Mayer
D'après Hermann Sudermann
Photo de Charles Rosher

RESUME
+@P.Un paysan marié et père d'un enfant est passionnément épris d'une jeune femme venue de la ville. Lorsqu'elle celle-ci lui suggère de tuer sa femme pour partir ensemble à la ville, l'homme ne peut résister à l'idée d'exécuter ce projet machiavélique.

COMMENTAIRE
Tout artiste a ses références, ses modèles, celui de John Ford, le maître du cinéma hollywoodien, est incontestablement Friedrich Wilhelm Murnau. Ford n’est pas homme à s’étendre sur les qualités qu’il porte à un confrère, il n’est donc pas certain qu’il ait dit tout le bien qu’il pensait de lui, mais toute son œuvre témoigne de cette admiration pour le cinéaste Allemand. En juillet 1926, lorsque Murnau, auréolé d’une réputation de réalisateur génial, débarque en Amérique pour être engagé par William Fox, Ford travaille depuis quelques années pour le producteur. Ford côtoie donc le maître de l’expressionnisme allemand lorsque celui-ci réalise son premier film américain dans les studios de la Fox. A considérer l’immense impact que ce film aura sur l’histoire du cinéma, on imagine que Ford ait été impressionné ; son enthousiasme se manifestera l’année suivante dans « Les quatre fils », une œuvre toute imprégnée du savoir faire de Murnau. Ce premier film que le réalisateur de « Nosferatu » met en scène à Hollywood, qui marquera durablement le cinéma en général et celui de Ford en particulier, n’est autre que « L’aurore ». Trop heureux d’avoir à sa disposition un réalisateur de la trempe de Murnau, Fox offre à celui-ci la liberté de faire le film qu’il souhaite. Novateur, parfois délibérément expérimental, le résultat est une véritable œuvre d’auteur qui tranche avec tout ce qui se fait à l’époque en mettant l’accent sur l’esthétique et la forme. Comme dans son précédent film, « Le dernier des hommes », où il limite au maximum l’utilisation des intertitres, Murnau privilégie les idées visuelles, la composition de l’image, la photographie - qui obtiendra le premier Oscar de l’histoire dans cette catégorie -, au détriment de l’intrigue particulièrement dépouillée. Si celle-ci est sommaire, elle n'en possède pas moins un fort contenu émotionnel qu’il stylise par des jeux volontairement appuyés des acteurs et une image particulièrement expressive. Chaque plan étant extrêmement travaillé et faisant à chaque fois l’objet d’une nouvelle idée, il serait trop long de dégager un aperçu de la force visuelle qui émane de « L’aurore ». A elles seules, les scènes se déroulant dans la ville lors de la réconciliation des époux, regorgent d’idées de mise en scène, d’effets spéciaux, de montages originaux dont le seul but est d’illustrer le bonheur retrouvé. Ni Frank Borzage qui réalise l’autre chef-d’œuvre Fox de l’année, « L’heure suprême », ni Paul Féjos, le metteur en scène de « Solitude », un film intimiste de 1928 où l’on retrouve le même type de scènes urbaines, ne parviennent à exploiter à ce point « l’image » pour exacerber le contenu émotionnel de leur propos. Parce qu’il expérimente avec beaucoup d’audace, Murnau touche au mauvais goût - pour un spectateur actuel - lorsque par exemple les protagonistes se déplacent devant des écrans où sont projetés des paysages pédestres et des rues encombrées, ou lorsqu’on entend subitement les cris de chauffeurs mécontents. (Bénéficiant du procédé Movietone, « L’aurore » est l’un des tous premiers films à avoir l’information sonore codée sur la pellicule). Mais ce mauvais goût ou ces effets trop grossiers possèdent toujours une poésie qui les rend incroyablement efficace. Murnau réalisera encore trois autres films, mais « L’aurore » demeure le plus abouti. Alors que le cinéma parlant - que Murnau a lui-même contribué à démocratiser - fait son apparition cette année-là avec « Le chanteur de jazz », le cinéma muet trouve toute sa force expressive avec « L’aurore ». Ainsi, apothéose d’un art dont la mort est annoncée, ce film se révèle être le chant du cygne du cinéma muet.

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