AUTANT EN EMPORTE LE VENT

AUTANT EN EMPORTE LE VENT

GONE WITH THE WIND

Un drame de Victor Fleming

222  mn

Avec Clark Gable, Leslie Howard, Olivia de Havilland, Vivien Leigh, Thomas Mitchell, Hattie McDaniel, Fred Crane, George Reeves, Oscar Polk, Barbara O'Neil, Victor Jory, Evelyn Keyes, Ann Rutherford, Randy Brooks, Laura Hope Crews, Harry Davenport, Leona Roberts, Jane Darwell, Mary Anderson, Eddie Rochester Anderson, Jackie Moran, Cliff Edwards, Ona Munson, Eddie Chandler, George Hackathorne, Roscoe Ates, Eric Linden, Tom Tyler, William Bakewell, Paul Hurst, Louis Jean Heydt, Isabel Jewell, Robert Elliott, George Meeker, Irving Bacon, J. M. Kerrigan, Yakima Canutt, Blue Washington, Ward Bond, Frank Faylen
Scénario de Sidney Howard
D'après Margaret Mitchell
Musique de Max Steiner, Louis Forbes
Photo de Ernest Haller, Lee Garmes, Ray Rennahan, Wilfred M. Cline
Produit par David O. Selznick

RESUME
@S@P@D(HM)@B@R@F.Dans une plantation du Sud, à la veille de la guerre de Sécession, une jeune fille capricieuse joue de son charme auprès des garçons. Elle est en fait amoureuse d'un homme qui a décidé d'épouser une cousine.

COMMENTAIRE
« Autant en emporte le vent » est le film de tous les superlatifs : en dollars constant, il est le film qui rapporta le plus d’argent (1,25 milliard de dollars), le plus gros succès de l’histoire du cinéma et certainement le film le plus vu aussi. Il est l’œuvre d’un producteur mégalomane, David O. Selznick, qui n’aura de cesse de vouloir reproduire ce coup d’éclat, en particulier avec « Duel au soleil ». Il n’y parviendra pas mais laissera à l’art cinématographique un film magnifique qui frappe avant tout par son intemporalité. Fruit d’une ambition démesurée et d’un investissement artistique considérable, son esthétique est tellement travaillée et atypique, son propos tellement universel et pertinent, qu’il ne ressemble à rien de ce qui se faisait à l’époque (« L’insoumise » s’en approche mais n’a de toute évidence pas son faste), à tel point qu’aujourd’hui on a du mal à croire qu’il a été réalisé avant la Deuxième Guerre mondiale. Des films produits presque vingt ans après, comme « L’arbre de vie » - au sujet et à l’esthétique comparable - paraissent démodés à côté. Nous sommes en décembre 1939 lorsque sort l’adaptation cinématographique du roman à succès de Margaret Mitchell. A cette époque la durée d’un film fait le plus souvent moins de quatre-vingt-dix minutes et très rares sont ceux tournés en Technicolor, moins d’une douzaine cette année-là. Plombé par une autocensure vigilante et puritaine, le cinéma hollywoodien évite toutes référence au sexe et respecte pieusement les institutions traditionnelles. Les sujets abordés sont manichéens et moralisateurs : les personnages porteurs de valeurs néfastes à une société patriotique, solidaire et religieuse s’opposent à ceux qui œuvrent pour elle, ces derniers étant toujours les vainqueurs. Paradoxalement, en 1939, l’apartheid sévit encore en Amérique et les Noirs apparaissent peu dans les productions hollywoodiennes. S’ajoute à cela une frilosité lorsqu’il s’agit de ranimer les vieilles rancoeurs liées à la défaite du Sud. Le film de Selznick va balayer d’un revers de main toutes ces conceptions. Pour rendre justice à l’esprit du roman fleuve de Mitchell, il entreprend un film de plus de trois heures trente. Aucune production depuis 1915 et « Naissance d’un nation » de David Wark Griffith - qui se déroule également lors de la Guerre de Sécession - n’avait fait plus de trois heures. Non content de produire un film d’une durée inhabituelle, il choisit de le tourner entièrement en Technicolor, un procédé alors novateur et particulièrement onéreux. Comme pour tous les domaines artistiques, Selznick s’adjoint les services de grands noms du cinéma de l’époque. L’un des chefs opérateurs sera l’un des pionniers de la photographie couleur, Ray Rennahan. Le résultat est éblouissant. Véritables tableaux, beaucoup de plans, et en particulier ces couchers de soleil flamboyants, sont restés dans la mémoire collective. A cela vient s’ajouter un thème musical aussi brillant qu’inoubliable. Mais ce qui fascine le plus et ce qui a certainement forgé durablement le succès du film, ce sont les caractères des personnages. Capricieuse, arriviste, arrogante, hypocrite, manipulatrice, intéressée, on ne compte pas les adjectifs peu flatteurs qui définissent cette héroïne merveilleusement bien interprétée par Vivien Leigh. Rarement dans un film de cette époque un personnage principal aura été à la fois aussi antipathique et aussi attrayant. Prenant à contre-pied toutes les conceptions hollywoodiennes du récit romanesque, Selznick ne craint pas de dresser le portrait de protagonistes amoraux. Car Rhett Butler (Clark Gable) n’est pas plus recommandable que Scarlett O’Hara. Tous deux sont des êtres flambeurs et égoïstes, indifférents à la société qui les entoure, des incarnations du méchant en sorte. Appuyant encore ce traitement hors norme, Olivia de Havilland passe pour une godiche alors qu’elle est la bonté et la générosité même. Cette inversion des rôles qui revisite la vision simpliste du bon et du méchant, à laquelle s’ajoutent aussi des préoccupations sexuelles (en particulier lorsque O’Hara refuse de se donner à son mari par amour pour Ashley), donne un ton résolument moderne au propos. De façon tout à fait surprenante, le personnage qui porte le crédit moral du film n’est autre que la servante noire interprétée par Hattie McDaniel. Première femme de couleur à recevoir un Oscar pour son interprétation, elle aura finalement été aussi la première Noire du cinéma hollywoodien à être un modèle pour les Blancs. Ajoutons que la scène où, en pleurs, elle explique à Mélanie (de Havilland) que Buttler est inconsolable depuis la mort de sa fille, est une des séquences les plus émouvantes du cinéma. Elle interprète un numéro absolument remarquable qui justifie à lui seul sa récompense. Enfin, autre élément qui scelle à jamais ce film au sommet de l’édifice cinématographique, l’histoire d’amour qu’il relate. En effet, mélodrame éclatant, Scarlett O’Hara aime un homme qui ne cessera de la rejeter, une frustration qui participe au fait qu’on lui pardonne ses excès.

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