NEW YORK-MIAMI

NEW YORK-MIAMI

IT HAPPENED ONE NIGHT

Une comédie de Frank Capra

105  mn

Avec Clark Gable, Claudette Colbert, Walter Connolly, Roscoe Karns, Alan Hale, Ward Bond, Eddie Chandler, Jameson Thomas
Scénario de Robert Riskin
D'après Samuel Hopkins Adams
Musique de Louis Silvers
Photo de Joseph Walker
Produit par Harry Cohn

RESUME
Sur son Yacht au large de Miami, un banquier s'oppose à sa fille qu'il refuse de marier à un pilote new-yorkais. La jeune fille finit par s'enfuir. Dans le bus pour New York qu'elle prend incognito, elle croise un reporter venant de perdre son job…

COMMENTAIRE
Le film dont la malheureuse héroïne de « L’échange » - réalisé en 2008 par Clint Eastwood -apprend avec joie la victoire aux Oscar de 1934. Ce n’est pas moins de cinq statuettes dans des catégories majeures (film, réalisateur, acteur, actrice et scénario) que « New York-Miami » remporte cette année-là. Non seulement il est récompensé par l’Academy of Motion Picture comme cela ne sera jamais le cas dans toute son histoire, mais comme le traduit le drame d’Eastwood, il jouit d’un véritable engouement populaire. Ce succès unanime créera sur le cinéma américain une onde de choc telle que deux sous-genres en émaneront, la Screwball Comedy et le Road Movie. Pourtant rien ne laissait présager un tel enthousiasme. Le film appartient en fait à ces quelques productions - auxquelles appartiennent « Casablanca » de Michael Curtiz et « Marty » de Delbert Man - qui remportent un succès considérable alors que leur facture d’apparence ordinaire n’affiche aucune ambition particulière. Loin d’être dus à des moyens de production importants ou à un thème percutant, ces films doivent leur succès à la convergence de composantes aussi insaisissables qu’un traitement, un état d’esprit, une ambiance particulière qui semblent répondre aux attentes d’une époque. De ce fait, il faut bien avouer qu’il n’est pas aisé de comprendre cet enthousiasme des décennies plus tard, d’autant que ces films ont entraîné dans leur sillage quantité d’œuvres qui masquent l’originalité des premières. « New York-Miami » ne fait pas exception. Même si elle est de qualité, on peut légitimement se demander pourquoi celle-ci plutôt qu’une autre de la même époque telle que « La veuve joyeuse » d’Ernst Lubitch par exemple. Si on examine à quoi ressemble la comédie en 1934, on constate qu’elle verse encore souvent dans le loufoque, que les rapports homme-femme y sont caricaturaux, qu’elle se cantonne dans des intérieurs oppressants, qu’elle est servi par des acteurs grotesques spécialistes du genre. Avec « New York-Miami », Frank Capra et Robert Riskin se démarquent de cet esprit hérité du burlesque : tout en restant amusants, leurs personnages possèdent maintenant une subtilité - en particulier dans les « tortueuses » relations qui lient l’homme et la femme - qui renvoie à une réalité. Pour cela Capra choisit Claudette Colbert et Clark Gable qui officient dans les productions de prestiges - plutôt sentimentales et dramatiques - de leurs studios respectifs, la Paramount et la MGM. Outre le fait que le couple fonctionne parfaitement, la surprise de les voir jouer dans un registre aussi léger a de quoi séduire. Caractéristique des Screwball Comedy à venir, ils dissimulent derrière des enfantillages un amour qu’ils n’osent s’avouer, et reproduisent avec bonheur les contradictions, les hésitations, les faux semblants qui accompagnent les amours naissantes. S’ajoute ici une pertinence sexuelle qui, sans être de la grivoiserie - expliquant peut-être que « New York-Miami » ait plu davantage qu’une comédie de Lubitsch -, ne peut laisser indifférent. Durant son périple, le couple qui a l’occasion de dormir plusieurs fois dans la même chambre, place une couverture en guise de mur entre leurs deux lits. Cette frontière virtuelle sert certes à créer des cocons d’intimité pour les deux protagonistes, mais renvoit surtout à la possibilité d’une relation sexuelle, relation suggérée par la chute de la couverture. Un autre élément qui apporte sa fraîcheur au film : le fait qu’il se déroule en grande partie sur la route qui relie Miami à New York - et non le contraire comme le suggère le titre. On est en continuel déplacement, dans des lieux toujours différents, ce qui élimine tout ce côté statique inhérent aux comédies de l’époque.

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