NINOTCHKA

NINOTCHKA

NINOTCHKA

Une comédie de Ernst Lubitsch

106  mn

Avec Greta Garbo, Melvyn Douglas, Ina Claire, Bela Lugosi, Siegfried Ruman, Felix Bressart, Alexandre Granach, Gregory Gaye, Rolfe Sedan, Edwin Maxwell, Richard Carle
Scénario de Charles Brackett, Billy Wilder, Walter Reisch
D'après Melchior Lengyel
Musique de Werner R. Heymann
Photo de William H. Daniels
Produit par Ernst Lubitsch

RESUME
Trois commissaires russes arrivent à Paris pour vendre des bijoux que leur pays a confisqués à une duchesse. Réfugiée en France, celle-ci s'oppose à la vente. Une sévère représentante du gouvernement russe est alors dépêchée pour aider les trois hommes.

COMMENTAIRE
Après plus de quinze ans de carrière et vingt-cinq films, Greta Garbo tourne ici sa première comédie. Ce défi conduit la MGM à entreprendre sa campagne de promotion autour du fait que sa vedette rit pour la première fois. Précisons à ce sujet que non seulement elle avait déjà ri dans d’autre films - quand même ! -, et que cette scène, où elle rit effectivement à gorge déployée, est plutôt ridicule. Encouragée par le succès du film, l’actrice tournera une autre comédie après celle-ci, sous la direction de George Cukor cette fois-ci. Hélas, n’est pas Ernst Lubitsch qui veut, Garbo s’y révèlera grotesque, entraînant l’échec du film et marquant la fin de sa carrière. Car « Ninotchka », comme toutes les comédies de Lubitsch, est empreinte d’une subtilité, d’une intelligence, d’une acuité des travers de la nature humaine qui en fait plus qu’un simple amusement. Le thème ici lui permet de développer de façon merveilleuse cet épicurisme qu’on devine en filigrane dans toute son œuvre. Rejoignant son autre chef-d’œuvre qu’est « Le ciel peut attendre », le cinéaste égratigne malicieusement toutes les morales sectaires, les conventions aliénantes, les rigidités sociales et administratives qui empêchent de goûter aux plaisirs de la vie. Comme cette mégère envoyée en enfer dans « Le ciel peut attendre », cet austère commissaire du peuple joué par Garbo incarne tout ce que Lubitsch a en horreur. Car non contente de renvoyer une image inhibée et sans joie de la nature humaine, elle cherche à imposer à ses semblables, au nom d’une idéologie, des conduites tristes. Suivant une démarche comparable au « Festin de Babeth » du Danois Gabriel Axel, Lubitsch - aidé de scénaristes talentueux, parmi lesquels on compte Billy Wilder -, se délecte donc à montrer des gens frustrés et sévères découvrir les plaisir de la vie. Ce n’est pas un hasard si la Russie est le pays d’origine de l’héroïne et si c’est en France qu’elle s’ouvrira à ces plaisirs. Après « Ange » et « La huitième femme de Barbe Bleue », « Ninotchka » est le troisième film de suite de Lubitsch se déroulant en France. Avec sa gastronomie, ses vins, ses amoureux, ce pays évoque à lui seul toutes les douceurs de vivre et on comprend que le cinéaste ait une sympathie pour lui. Alors que l’URSS, à l’inverse, symbolise la rigidité administrative, la ruche laborieuse et le sacrifice de l’individu au profit des masses. Le choc entre ces deux modes d’existence forme tout le ressort de l’histoire. C’est l’occasion pour les auteurs de critiquer le modèle soviétique au profit du capitalisme. A une époque où on ne parle pas encore de guerre froide, le film fait figure de précurseur. En effet, il est assez rare dans le cinéma américain des années trente de découvrir une telle caricature, une critique aussi rude de l’Union Soviétique de Staline. Il semblerait en fait que le pays ait déçu Lubitsch après qu’il en ait découvert la réalité lors d’une visite.

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