UNE NUIT SEULEMENT

UNE NUIT SEULEMENT

ONLY YESTERDAY

Un mélodrame de John M. Stahl

102  mn

Avec Margaret Sullavan, John Boles, Edna May Oliver, Billie Burke, Benita Hume, Reginald Denny, George Meeker, Jimmy Butler, Noel Francis, Bramwell Fletcher, June Clyde, Jane Darwell, Oscar Apfel, Robert McWade, Onslow Stevens, Huntley Gordon, Edmund Breese
Scénario de William Hurlbut, Arthur Richman, George O'Neil
D'après Frederick Lewis Allen
Musique de Constantin Bakaleinikoff
Photo de Merritt B. Gerstad
Produit par Carl Laemmle Jr.

RESUME
Ruiné par le Krach de 1929, un homme d'affaire est sur le point de se suicider lorsqu'il découvre une lettre sur son bureau. Ecrite par une femme qu'il ne connut qu'une nuit, elle relate sa vie, l'enfant qu'elle eu de lui et qu'elle éleva seule.

COMMENTAIRE
L’histoire débute le 29 octobre 1929, jour de l’effondrement de la bourse américaine. Rarement un tableau aussi saisissant de ce sombre jour n’a été brossé. Se répandant comme une déferlante, la nouvelle semble vider de leurs substances les plus impliqués qui n’ont d’autres choix que de se suicider. On ne continue pas moins à faire la fête comme si l’on voulait exorciser l’idée que la fin est proche. On a l’impression d’assister au naufrage d’un navire sur le pont duquel un orchestre continue à jouer, une atmosphère hallucinante à rapprocher de celle du film allemand d’Oliver Hirschbiegel sorti en 2004, « La chute », qui relate l’agonie du IIIe Reich. Cette digression qui se révèle un témoignage perspicace, introduit de façon remarquable un mélodrame inspiré de « Lettre d’une inconnue », une histoire de Stefan Zweig publiée six ans auparavant qui se déroule au 19ème siècle. On retrouve également dans ce mélodrame une thématique appréciée de John M. Stahl. Comme « Image de la vie » sorti l’année suivante, « Lettre d’introduction » sorti en 1938, et surtout « Histoire d’un amour », le chef-d’œuvre qui précède celui-ci, une femme courageuse est abandonnée à son sort après que le destin l’eut privé du seul homme qu’elle ait jamais aimé. Incarnée magnifiquement par Margaret Sullavan - qui fait sa première apparition au cinéma -, cette femme affronte un destin aussi improbable que beau : un homme qu’elle n’a connu qu’une nuit et dont elle attendra un enfant ne la reconnaît pas lorsqu'elle se présente à lui à son retour du front. (Deux détails à souligner : les ébats durant la fameuse nuit sont discrètement suggérés par un John Boles qui renoue la ceinture de Sullavan ; ensuite, alors que cette dernière attend un enfant, jamais sa grossesse est visible. Ces postures, la première étonnante, la deuxième classique dans le cinéma hollywoodien, traduisent chacune à sa manière un indéniable embarras de ce cinéma à l’encontre de tout ce qui touche à l’aspect biologique de la reproduction). Toutes les séquences mettant en scène les deux amants sont traitées avec une délicatesse, une sensibilité que la magie du jeu de Sullivan vient encore exacerber. Alliée à son malheur, la force de caractère de cette femme ne peut manquer d’émouvoir. De ce point de vue, la séparation et la rencontre qui concluent le film sont des plus lacrymales. L’émotion qui émane de cette œuvre fait de Stahl l’un des grands spécialistes du mélodrame - à l’égal d’un Frank Borzage -, une spécialité qui déteint sur le studio où il est sous contrat, la Universal. C’est ainsi qu’en plus d’être le studio des films d’horreur, elle possèdera également une réputation dans un type de mélodrame injustement dénommé soap-opera.

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