LES AVENTURES DE ROBIN DES BOIS

LES AVENTURES DE ROBIN DES BOIS

THE ADVENTURES OF ROBIN HOOD

Un film d'aventures de Michael Curtiz et de William Keighley

98  mn

Avec Errol Flynn, Olivia de Havilland, Basil Rathbone, Claude Rains, Patric Knowles, Eugene Pallette, Alan Hale, Melville Cooper, Ian Hunter, Una O'Connor, Herbert Mundin, Montagu Love, Robert Warwick, Lester Matthews, Harry Cording, Ivan Simpson, Lionel Belmore, Holmes Herbert
Scénario de Norman Reilly Raine, Seton I. Miller
Musique de Erich Wolfgang Korngold
Photo de Tony Gaudio, Sol Polito, W. Howard Greene
Produit par Hal B. Wallis

RESUME
@M.En l'absence du roi Richard parti en croisade, son frère Jean qui aspire au trône, fait régner la terreur. A la tête d'une bande de brigands, Robin de Loxley prendra la défense des saxons opprimés et se dressera contre cet usurpateur.

COMMENTAIRE
Une date dans l’histoire du cinéma, une œuvre intemporelle, une institution, « Les aventures de Robin des Bois » sonne non seulement la consécration du cinéma en couleur mais ouvre surtout l’ère cinématographique du grand spectacle familial. Le film parvient à toucher tous les âges, tous les milieux, toutes les sensibilités, et même toutes les époques. Dans d’autres registres, il n’y a guère que « Blanche neige et les sept nains », « Autant en emporte le vent » et « Le magicien d’Oz » qui, à la même époque, reproduisent cette performance. Un tel résultat nécessite bien sur des qualités esthétiques exceptionnelles et une démesure en terme de production, mais aussi des acteurs enivrants et une histoire pertinente autant qu'universelle. Symbole de celui qui prend l’argent au riche pour le redonner au pauvre, Robin des bois (que l’impact du film a incontestablement démocratisé) n’est pas qu’un valeureux chevalier défenseur de la veuve et de l’orphelin, pourfandeur d’oppresseur, il est l’étendard d’une posture politique. Robin des bois est la figure héroïque qui redistribue les richesses au profit des pauvres. Malgré ses apparences de papier glacé, l’histoire possède en fait une connotation sociale et politique insolente dans un contexte hollywoodien où la plupart des intrigues - dissimulent une Amérique en crise - présentent les milieux aisés comme des modèles sociaux. Si la Warner, le studio des petites gens, est la mieux placée pour exploiter ce personnage, choisir de le faire pour sa plus importante production de l’année a de quoi surprendre. D’autant que Robin des bois se révèle également un hors-la-loi et un opposant au régime. Certes ce rebelle s’oppose à un tyran - se voulant peut-être le pendant d’Hitler au pouvoir depuis cinq ans -, mais son charisme personnifié par un Errol Flynn époustouflant qui interprète ici l’un des plus beaux rôles de sa carrière, encourage quelque peu à l'anarchie. Faisant presque oublier le Robin des bois incarné par Douglas Fairbanks quinze ans auparavant, Flynn est en effet magistral. Son insolence, son enthousiasme, son aisance, sa sympathie, demeurent inoubliables et personnifient à jamais le héros légendaire dans la mémoire collective. Il est entouré d’une pléiade d’acteurs Warner qui passent à la postérité dans des habits du moyen âge : Alan Hale n’est plus seulement le faire valoir de douze films de Flynn, il est surtout Petit Jean ; Basil Rathbone est Sir Guy de Gisbourne avant d’être le Sherlock Holmes de la série Universal ; Eugène Palette en Frère Tuck conquièrt une image sympathique alors qu’il campe souvent des personnages désagréables ; enfin, conservant son image d’inspecteur dans « Casablanca », Claude Rain n’en est pas moins l’incarnation du Prince Jean. Les comédiens sont dirigés de main de maître par un Michael Curtiz venu remplacer au pied levé un William Keighley trop hésitant. Sa mise en scène brillante et efficace maintient l’histoire hors de tout ennui. Privilégiant l’action, les scènes se succèdent rapidement sans que le dialogue ne prenne le dessus. Le point d’orgue est certainement le duel final qui oppose Flynn à Rathbone. On reconnaît la discrète Curtiz Touch dans la projection en ombres chinoises, sur un pilier du château, de quelques secondes du combat. Le Technicolor flamboyant apporte la dimension exceptionnelle et magique au film. Pour le servir, le département des costumes a utilisé les tissus les plus colorés qui soient. Cette outrance se concentre dans l’habit vert éclatant que porte Flynn - et que l’humanité a fini par assimiler à celle de Robin des bois. Enfin « Les aventures » ne serait probablement pas ce qu’il est sans la musique de Erich Wolfgang Korngold - qui valut son seul Oscar au film. Elle a une grande part dans le ton léger et sympathique qui émane de l’œuvre.

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