PETER IBBETSON

PETER IBBETSON

PETER IBBETSON

Un film fantastique de Henry Hathaway

85  mn

Avec Gary Cooper, Ann Harding, John Halliday, Ida Lupino, Douglas Dumbrille, Virginia Weldler, Dickie Moore, Doris Lloyd, Donald Meek
Scénario de Vincent Lawrence, Waldemar Young, John Meehan, Edwin Justus Mayer
D'après George du Maurier
Musique de Ernst Toch
Photo de Charles B. Lang Jr.
Produit par Louis D. Lighton

RESUME
Au 19ème siècle à Paris, un petit orphelin est séparé d'une voisine à laquelle il est profondément attaché. Des années plus tard, alors qu'il est devenu architecte, il la retrouve. Elle est mariée à un Duc qui a fait appel à lui pour refaire ses écuries.

COMMENTAIRE
Film emblématique des surréalistes, « Peter Ibbetson » est une œuvre magnifique que le subtil mélange de poésie, de fantastique et de romantisme place à part dans l’histoire du cinéma hollywoodien. Deux êtres qu’un destin tragique sépare finissent par vivre leur passion l’un pour l’autre à travers le rêve. Emprisonné à perpétuité pour meurtre, cloué sur sa couche suite à une blessure de la colonne vertébrale, toutes les nuits il rejoint celle qu’il aime dans le jardin où ils vécurent leur enfance. Pour prouver qu’il n’est pas victime d’illusions, elle ira jusqu’à lui faire remettre en main propre la bague qu’elle lui avait promise durant un de leur épisode onirique… C’est ainsi qu’à travers ce qui s’apparente à de la télépathie, ils seront réunis jusqu’à leur mort, voire après. Cette passion hors du commun - dont l’origine pourrait être attribuée au réconfort que le garçonnet trouve auprès de sa jeune voisine après la disparition de sa mère - est servie par un scénario original écrit en partie par le génial Waldemar Young. Scénariste attitré de Tod Browning, puis artisan des grandes productions Paramount, son goût pour les sujets sordides s’allie à un solide savoir faire qui se manifeste ici. En collaboration avec Vincent Lawrence, il ne craint pas de mélanger les genres et de donner clairement une tournure surréaliste à ce qui aurait dû être dans d’autre circonstances une histoire d’amour simplement passionnée. Alors que toute la première partie répond aux conventions du drame sentimental, la deuxième bascule dans l’incroyable au risque de déplaire à un public qui ne s’y reconnaîtrait pas. Si on peut regretter qu’il ne soit pas réalisé par Frank Borzage - dont le sujet lui était tout destiné -, il n’en est pas moins traité avec maestria par un jeune réalisateur qui vient de mettre en scène l’un des plus grands films d’aventures de la décennie, « Les trois lanciers du Bengale ». Confirmant de véritables dispositions pour le film d’action par la suite, moins pour le film sentimental, Henry Hathaway parvient tout de même à composer ici d’attachants personnages habités par cet amour sublimé. D’ailleurs, Ann Harding joue certainement là son plus beau rôle, formant un couple mythique avec l’éblouissant Gary Cooper. Aidé de Charles B. Lang qui fait lui aussi un travail remarquable, Hathaway joue avec la lumière pour recréer une atmosphère nimbée en accord avec le thème. Outre les éclairages qui apportent un côté merveilleux aux scènes oniriques, on découvre par exemple des rayons pénétrant dans la cellule du prisonnier à travers les barreaux, qui répondent à ceux traversant la grande fenêtre de la chambre où l’héroïne passe ses journées. Ajouté à cela, les décors sont impressionnants comme souvent à la Paramount. La demeure de style rococo dans laquelle habite l’héroïne est parcourue par de longs couloirs aux murs couverts de tableaux et garnie de vastes salles percées d’immenses fenêtres et richement meublée. Tout cela est propice à apporter une facture romantique en adéquation avec le sujet.

Tous les droits de reproduction et de diffusion réservés © 2013 Hollywood33