LE POISON

LE POISON

LOST WEEKEND

Un drame psychologique de Billy Wilder

101  mn

Avec Ray Milland, Jane Wyman, Philip Terry, Howard Da Silva, Doris Dowling, Frank Faylen, Lilian Fontaine
Scénario de Charles Brackett
D'après Charles Jackson
Musique de Miklos Rozsa
Photo de John Seitz
Produit par Charles Brackett

RESUME
@S@A@R@F.Délaissé par son frère et sa petite amie le temps d'un long week-end, sans un sous, un écrivain raté et alcoolique cherche par tous les moyens à assouvir son addiction. C'est à un bar qu'il relate ses dernières années.

COMMENTAIRE
Le succès d’une œuvre artistique tient en grande partie dans son originalité, ses aspects inédits, son côté précurseur. C’est à n’en pas douter ce qui fait la force du « Poison ». Outre ces motifs musicaux psychédéliques rappelant ceux des films de science-fiction à venir, cette structure narrative éblouissante, (où ce qui nous est raconté - en grande partie sous forme de flash-back - devient le sujet d’un roman dont l’écriture commence lorsque le film s’achève), ces images de New York au petit matin qui annoncent le cinéma d’auteur de la décennie suivante, ce qui constitue avant tout la nouveauté du « Poison », c’est son thème et la façon dont il est exploité. Dans les années quarante, traiter de l’alcoolisme sous un angle dramatique n’avait pas de précédent. Bercé par son statut d’usine à rêves, Hollywood se garde bien d’aborder certains thèmes sanitaires et sociaux sensibles, qui pourraient rappeler un quotidien déprimant : on est prêt à relater la déchéance d’un gangster, mais on évite de s’étendre sur celle d’un paysan de l’Oklahoma (« Les raisins de la colère ») ou d’un toxicomane comme ici. Toujours est-il qu’évoquer de façon convaincante une nature humaine exposée à des pulsions que sa raison refrène, la voir se battre avec sa conscience, ressentir de la compassion pour des victimes qui habituellement relèvent de la comédie, sont autant de nouveautés qui apportent une maturité à ce cinéma. De plus, en traitant des méfaits de l’alcoolisme de façon réaliste, Billy Wilder, associé à Charles Brackett, s’attaque à une autre tradition du cinéma américain qui veut que celui qu'on fait souffrir soit un méchant. Or, le personnage interprété de façon remarquable par Ray Milland est un être sympathique, rendant d’autant plus pathétique le fait qu’il soit sous l’emprise de l’alcool. Il est de plus soutenu par des proches, aimants et compatissants. Tout cela a certainement conduit au succès du film et à la pluie d’Oscars qui lui revint. Ajoutons que la guerre venait de se terminer et que le public aspirait certainement à des sujets moins puérils que ceux que leur avait imposé Hollywood ces dernières années. Comme dans « La rue sans issue » de William Wyler, le film s’ouvre et se referme sur un travelling partant (ou se terminant) sur une vue générale de New York. Enfin, cette voix off onirique qui conclut le film n’est pas sans rappeler celle de « L’homme qui rétrécit » de Jack Arnold.

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