LA PRISONNIÈRE DU DÉSERT

LA PRISONNIÈRE DU DÉSERT

THE SEARCHERS

Un western de John Ford

119  mn

Avec John Wayne, Jeffrey Hunter, Natalie Wood, Vera Miles, Ken Curtis, Harry Carey jr, Ward Bond, Patrick Wayne
Scénario de Frank S. Nugent
D'après Alan LeMay
Musique de Max Steiner
Photo de Winton C. Hoch
Produit par Merian C. Cooper

RESUME
Après la guerre de Sécession, un ancien soldat rend visite à son frère et à sa famille. Ces derniers se feront massacrer par des Comanches alors que le visiteur poursuivait des voleurs de bétail ; il décide de rechercher sa nièce, la seule survivante.

COMMENTAIRE
Par ses qualités esthétiques, par la poésie qu’il dégage, par l’ambiguïté de son propos également, « La prisonnière du désert » est certainement le plus fascinant western de l’histoire du cinéma. Cette place au sommet du genre, le film la doit aussi au fait qu’il s’inscrit dans une des œuvres les plus emblématiques du cinéma américain, celle de John Ford. Il se présente peut-être comme son ultime chef-d’œuvre et ce en dépit de certaines incohérences et d’une dureté de ton. Quelques mois avant sa sortie, « La dernière chasse » de Richard Brooks sort sur les écrans. Robert Taylor y incarne un tueur de bison raciste en tout point comparable au rôle qu’interprète John Wayne dans « La prisonnière du désert ». Les deux hommes sont animés de la même haine envers les Indiens et s’acharnent de la même manière lorsqu’il s’agit de chasser le bison. Mais alors que le personnage haineux joué par Taylor est clairement un méchant et que sa mort - inoubliable - répond à notre besoin de justice, celui joué par Wayne n’est autre que le héros, et son expiation - nécessaire dans un film moral - se limitera à un retour à une vie solitaire et sans attache. Ce traitement du héros, digne d’un méchant, a toujours laissé songeur, d’autant que ce personnage a par moment des comportements en contradiction avec son attitude générale. Par exemple lorsqu’il accepte d’être accompagné par un métis qu’il a rejeté dans un premier temps, plus tard lorsqu’il accueille une indienne avec laquelle ce dernier s’est marié malgré lui, ou encore lorsqu’il finit par prendre dans ses bras une nièce qu’il avait reniée peu de temps avant parce qu’elle était devenue une « sauvage ». Jamais Ford, dans toute son œuvre, n’avait peint un personnage principal d’une telle dureté et d’une telle ambiguïté. A quoi est attribuable ce revirement ? Il est possible qu’il soit dû à une amertume et à un désenchantement qui touche le réalisateur et à travers lui son héros. Ethan, le personnage joué par un Wayne atypique, est un individu mystérieux, un être errant qui exprime peu ses sentiments. Sa haine des Indiens, qui peut s’expliquer par une traumatisante expérience lors des guerres indiennes auxquelles il aurait participé, est la manifestation d’un mal intérieur qui le ronge. Durant des années, il s’attache à rechercher quelqu’un qu’il ne semble pas vouloir trouver. Comme par hasard, ce héros désenchanté apparaît dans la carrière de Ford à un moment où son œuvre accuse le coup : le dernier grand film qu’il a réalisé est certainement « L’homme tranquille » tourné en 1951, et après la « Prisonnière du désert », on ne retrouvera qu’épisodiquement le grand cinéaste. Dans ce contexte, on peut imaginer qu’il ait été attiré par un personnage portant le poids de son déclin annoncé. A côté de cet aspect étrange, le film reste superbe, renoue avec ses anciens chefs-d’œuvre et dénote au milieu de ceux qu’il tourne à la même époque. Pour s’en convaincre il suffit de comparer la scène de bal - récurrente dans l’œuvre de Ford - à celle qui apparaît dans les « Deux cavaliers » sorti cinq ans plus tard. Alors que celle de 1961 est poussive et grotesque, on retrouve ici toute la magie fordienne. Malgré le dramatique de la situation, (un prétendant absent trop longtemps rentre chez lui le jour où celle qu’il aime est sur le point d’épouser un rival) une bonne humeur pleine d’humanité transparaît. Ces femmes joviales qui jouent des coudes au bord d’une fenêtre pour observer la bagarre entre les deux prétendants, résument à elles seules le génie de Ford. Enfin cette notule ne serait pas complète si les plans filmés à travers un encadrement de porte ou la fioriture d’une véranda n'étaient pas mentionnés. Ces plans magnifiques apparaissent lorsque Ethan arrive ou repart du seul logis connu qui lui tient d’attache : la caméra - et donc le spectateur - est à l’intérieur, tandis que lui se tient à l’extérieur…

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