QU'ELLE ETAIT VERTE MA VALLEE

QU'ELLE ETAIT VERTE MA VALLEE

HOW GREEN WAS MY VALLEY

Un drame de John Ford

114  mn

Avec Walter Pidgeon, Maureen O'Hara, Donald Crisp, Anna Lee, Roddy McDowall, John Loder, Sarah Allgood, Barry Fitzgerald, Patric Knowles, Arthur Shields, Ann Todd, Frederic Worlock, Richard Fraser, Evan Evans, Rhys Williams, Ethel Griffies
Scénario de Philip Dunne
D'après Richard Llewellyn
Musique de Alfred Newman
Photo de Arthur Miller
Produit par Darryl Francis Zanuck

RESUME
@P@C(DC)@R@F.Un homme se remémore son enfance dans une vallée minière du pays de Galles. Il revoit son père et ses frères revenir de la mine et donner leur salaire à sa mère. Il revoit aussi le mariage de son frère aîné, les grèves, les licenciements.

COMMENTAIRE
Il faudra patienter quatre ans et attendre la projection des « Sacrifiés » pour revoir un film de John Ford au cinéma. Sortant 19 jours après l’attaque de Pearl Harbor, qui entraîne l’entrée en guerre des Etats-Unis, « Qu’elle était verte ma vallée » est la dernière fiction que le cinéaste réalise avant de demander son incorporation dans l’armée. Cette fiction aurait pu être la dernière de Ford quand on sait qu’il perdit un œil durant la bataille de Midway et qu’il aurait pu aussi bien y perdre la vie… Le film n’en conclut pas moins une période de la carrière du cinéaste où les temps forts sont empreints de l’esprit passéiste de la Fox tandis que ses acteurs de prédilection sont Will Rogers, Victor McLaglen, ou Henry Fonda. (A son retour Ford fera montre de plus d’indépendance, se consacrera surtout à un genre, le western, et dirigera souvent John Wayne). Curieux hasard, ce film qui conclut une époque est aussi l’un des plus beaux qu’il a réalisé, l’un des plus beaux du cinéma, aussi. D’ailleurs personne ne s’y trompa : en recevant l’Oscar du meilleur film et du meilleur réalisateur, « Qu’elle était verte ma vallée » fut unanimement reconnu comme un chef-d’œuvre. (Précisons que William Wyler aurait également participé à l’élaboration du film avant d’être remplacé par Ford). Chronique nostalgique d’une famille de mineurs vue à travers les yeux d’un enfant, le film a quelque chose d’intemporel et d’universel qui parle à tous les hommes. Car le sujet est transcendé par un Ford qui, grâce à sa mise en scène unique, aligne des séquences d’une émotion rare. On notera par exemple cette scène où une jeune épouse comprend que son mari est mort dans la mine - scène qui a certainement inspiré Steven Spielberg dans « Il faut sauver le soldat Ryan » lorsque la mère chancelle en pressentant la mort de l’un de ses fils. Filmé de loin comme pour observer une certaine pudeur, la femme est obligée de s’asseoir sur un muret avant de s’effondrer sur le bas de sa porte. En insistant sur le fait que ses jambes ne la soutiennent plus, le cinéaste exprime de façon définitive toute la douleur qui traverse la malheureuse. Une mère filmée en contre plongée, les yeux dans le vague, traduit par ailleurs son désespoir de voir partir ses fils ; plus tard un panoramique passant de cette mère à ses deux fils s’éloignant dans le lointain derrière elle, exprime la rupture définitive. On pourrait ainsi disséquer chaque séquence du film pour constater à chaque fois avec quelle apparente économie de moyens, Ford parvient à exprimer des émotions d’une fulgurance incroyable ; des émotions qui, joyeuses ou tristes, sont toujours entourées de lyrisme et porteuses d’humanisme. Car à nouveau il égratigne les mégères et les bien-pensants au profit des gens simples et sincères. De la même manière, il profite du retour des mineurs chez eux, ou d’une promenade du prêtre et de l’enfant à travers la campagne pour créer une ambiance poétique envoûtante. Il relate le destin d’une famille qui se désagrège comme il l’avait déjà fait dans « Les raisins de la colère », autre chef d’œuvre sorti l’année précédente. Mais alors que « Les raisins de la colère » est un film sombre, « Qu’elle était verte ma vallée » est surtout marqué par une nostalgie qui invite au lyrisme. Dans les deux films, la mère, pilier d’une famille nombreuse et soudée, se retrouve presque seule à la fin du récit, la cause provenant d’une conjoncture économique qui défavorise les plus faibles. Or, plus qu’une critique sociale, la condition de ces hommes et de ces femmes permet surtout à Ford de disséquer des relations simples, essentielles, dénuées de toute fioriture.

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