LES QUATRE FILS

LES QUATRE FILS

FOUR SONS

Un drame de John Ford

100  mn

Avec James Hall, Margaret Mann, Earle Foxe, Charles Morton, Francis X. Bushman, George Meeker, Albert Gran, Frank Reicher, June Collyer, Jack Pennick, Robert Parrish
Scénario de Philip Klein
D'après I.A.R. Wylie
Musique de Muet
Photo de George Schneiderman, Charles G. Clarke
Produit par William Fox

RESUME
Dans une petite ville de Bavière une mère vie heureuse avec ses quatre fils lorsque l'un d'eux émigre en Amérique. Puis, lorsque que la guerre éclate, deux autres partent au front et se font tuer avant que le dernier soit incorporé de force.

COMMENTAIRE
A l’époque du film, John Ford et Friedrich Wilhelm Murnau travaillent tout deux pour le même studio, la Fox, et ce n’est pas un hasard si « Les quatre fils » rappelle parfois le formalisme de « L’aurore ». Jusqu’à ce personnage du facteur, qui rappelle Emil Jannings dans « Le dernier des hommes », Ford semble s’être inspiré ici de l’œuvre du réalisateur allemand. La métropole agitée et inhumaine (le fils, et plus tard la mère, arrivant à New York), l’utilisation des ombres (celles des mains sur les visages ou du porteur de la mauvaise nouvelle sur un mur), les éclairages très travaillés (les quatre fils attablés avec leur mère baignés dans le halo d’une lampe), des ensembles picturaux saisissants (la mère au lavoir ou sur le bas de sa porte avec en arrière plan un pont ensoleillé), le ralentissement exagéré du rythme dans les moments dramatiques (lorsque la mère apprend la mort de ses fils) sont autant de procédés formels qu’on a plus l’habitude de voir chez Murnau que chez Ford. Pour autant, ce dernier maîtrise parfaitement leur utilisation et ils les utilisent à bon escient avec goût et science. Ajouté à cela, on trouve un nombre inaccoutumé de travellings. La caméra est souvent en mouvement, ce qui est plutôt rare chez Ford qui disait préférer faire bouger les acteurs que la caméra. Les travellings sont utilisés lors des nombreux départs de train ou des parades militaires qui agrémentent le film, mais les plus captivants demeurent ceux qui accompagnent la tournée du facteur à l’ouverture du film. La séquence fourmille de détails tout en présentant les figures incontournables de la ville. Par son réalisme et la richesse de la mise en scène, elle traduit parfaitement le bonheur simple d’une petite ville allemande avant la Grande guerre. Malgré cela, peut-être trop préoccupé par la forme (des films comme « Le mouchard » ou Dieu est mort » souffriront aussi de cette approche), Ford passe un peu à côté de son histoire, pourtant faite sur mesure pour lui. (En 1940, Archi Mayo en fera un remake qui nous semble plus émouvant : c’est peut-être l’un de ses meilleurs films). Et en effet, si on compare la scène où la mère apprend la mort de ses deux fils à celle, comparable, où une mère apprend la mort de son fils unique dans « Deux femmes », (dans les deux films la mère se réfugie dans sa chambre) elle est certes plus belle dans « Les quatre fils » mais finalement moins touchante. Le film n’en fut pas moins l’un des plus grand succès de la période muette de Ford.

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