LES RAISINS DE LA COLERE

LES RAISINS DE LA COLERE

THE GRAPES OF WRATH

Un drame de John Ford

124  mn

Avec Henry Fonda, Jane Darwell, Charley Grapewin, Dorris Bowdon, John Carradine, Russel Simpson, O.Z. Whitehead, John Qualen, Eddie Quillan, Zeffie Tilbury, Frank Sully, Frank Darien, Darryl Hickman, Grant Mitchell, Charles D. Brown, Ward Bond, Selmar Jackson, Charles Middleton, Eddy C. Waller, Paul Guilfoyle, Cliff Clark, Joseph Sawyer, Frank Faylen, Irving Bacon, Jack Pennick
Scénario de Nunnally Johnson
D'après John Steinbeck
Musique de Alfred Newman
Photo de Gregg Toland
Produit par Darryl Francis Zanuck

RESUME
D@(JD)@R.En Oklahoma, une famille de métayers chassée de ses terres par des investisseurs, part pour la Californie où elle espère trouver du travail. Mais là-bas, elle est parquée dans des camps. Exploitée, misérable, elle se désagrège peu à peu.

COMMENTAIRE
« Les raisins de la colère » est un film magnifique, digne du roman dont il est tiré, lequel est à n’en pas douter l’un des plus beaux écrits de la littérature américaine. Comme le livre, le cinéma parvient à donner une image héroïque des petites gens à travers la détresse d’une famille frappée de plein fouet par la crise économique qui touche l’Amérique au début des années trente. Car malgré l’adversité terrible qu’elle rencontre, malgré sa désagrégation, cette famille demeure un exemple de dignité, de courage et de foi en la vie. Ceci est d’autant plus convaincant que le traitement est particulièrement réaliste, proche parfois du documentaire. Dans le premier camp que rencontre la famille Joad, les images de ces gens en guenilles, hagards, désemparés, sont à rapprocher, toute proportion gardée, de celles qui témoigneront de l’horreur des camps nazis. Ces enfants affamés amassés devant une marmite fumante sont une autre vision effroyable de cette misère humaine qui touche une Amérique dont les plus faibles sont broyés par un capitalisme poussé à l’extrême, d’une Amérique qui paye cher sa croyance sans faille dans l’économie de marché. Rares sont les films hollywoodiens de cette époque à faire l’exposé sans concession d’une telle Amérique. Le mérite en revient à Darryl Francis Zanuck, qui proposa le scénario à John Ford. La force du roman de John Steinbeck ne pouvait échapper à ce producteur érudit qui n’a jamais craint d’adapter des sujets subversifs. Ajoutons toutefois que le film est entrepris en 1940 alors que la crise de 1929 est terminée (la guerre en Europe relance l’économie américaine) et que cette période noire est considérée alors comme la conséquence d’erreurs qu’il n’est plus possible de reproduire... Toujours est-il que Ford, ressenti parfois comme un propagandiste de son pays, dénonce ici le rêve américain. Cette Amérique encensée par le cinéaste dans nombre de ses films n’est plus qu’une terre de désolation où chacun tente de s’en sortir. Fidèle à sa sensibilité, conscient qu’il est impossible de rendre au cinéma toute la richesse d’un roman aussi dense, aidé par un scénariste talentueux, Ford exploite l’histoire en se concentrant sur le personnage de la mère. Interprétée par une Jane Darwell qui joue le plus beau rôle de sa vie, cette mère incarne toute la détresse, le désarroi, les craintes de sa famille : elle est la famille. Alors que le fils aîné, joué par Henry Fonda, n’en est que la figure combative. Contribuant à faire une route mythique de la route 66 - qui va de Chicago à Los Angeles en passant pas l’Oklahoma d’où est originaire la famille Joad -, le film est également un fascinant road movie. Car le récit relate l’errance à travers l’Amérique d’une vieille guimbarde lourdement chargée où les nombreux membres de la famille Joad ont pris place. L’allure pitoyable du véhicule matérialise toute l’infortune de ses occupants.

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