RENDEZ-VOUS (1940)

RENDEZ-VOUS (1940)

THE SHOP AROUND THE CORNER

Une comédie de Ernst Lubitsch

99  mn

Avec Margaret Sullavan, James Stewart, Frank Morgan, Joseph Schildkraut, Sara Haden, Felix Bressart, William Tracy, Inez Courtney, Sarah Edwards, Edwin Maxwell, Charles Halton, Charles Smith
Scénario de Samson Raphaelson
D'après Nikolaus Laszlo
Musique de Werner R. Heymann
Photo de William H. Daniels
Produit par Ernst Lubitsch

RESUME
Dans un magasin de Budapest, le premier vendeur, considéré comme un fils par le patron, entretient une correspondance culturelle avec une inconnue. Au même moment, une jeune femme ayant les qualités d'une bonne vendeuse est embauchée.

COMMENTAIRE
Le raffinement du scénario allié à un jeu d’acteur juste et lucide conduit le film à être passionnant de bout en bout et ce malgré son aspect théâtral. On imagine aisément que la pièce dont est tiré le film se déroule entièrement dans cette maroquinerie du centre de Budapest. Plutôt habituée aux rôles dramatiques, Margaret Sullavan parvient à insuffler à son personnage une légèreté sans jamais qu’il ne devienne ridicule. Même Frank Morgan qui a la fâcheuse tendance à surjouer conserve la sobriété nécessaire pour rester crédible. Mais ceci n’aurait pas suffit sans un scénario subtil qui décline une histoire originale (dont un remake sera tiré presque cinquante ans plus tard) au sein d’un univers chaleureux et attachant. Un homme et une femme échangent avec passion une correspondance en croyant ne pas se connaître, alors qu’ils travaillent ensemble dans le même magasin. L’originalité vient du fait qu’ils se dénigrent autant dans la vie qu’ils s’apprécient à travers leurs lettres. A ce thème porteur de quiproquos, de complicité avec le spectateur, de réflexion sur la nature des rapports amoureux, Ernst Lubitsch apporte sa touche personnelle. Que ce soit cette boîte à cigares musicale qui devient une boîte à bonbons dont la rengaine pousse à culpabilité, ou ce directeur de magasin trompé par l’un des ses employés, le cinéaste compose avec cette espièglerie et ce pince-sans-rire qui lui est propre. Les rires sont également irrésistibles dans des scènes comme celle où un employé se dépêche de disparaître à chaque fois que le directeur demande l’avis de son personnel. Notons à ce titre que Felix Bressart, qui incarne cet employé, qui était l’un des commissaires russes dans « Ninotchka », le précédent film de Lubitsch, fait ici une composition remarquable. Personnage débonnaire s’il en est, confident aimable, on lui pardonne ses excès de zèle, sa mollesse et sa gentillesse puérile. Pour une fois, Lubitsch se désintéresse des milieux cossus américains pour se concentrer sur la vie des classes sociales plus modestes, européennes de surcroît. La peinture remarquable qu’il en brosse pourrait presque faire regretter qu’il ne s’y soit pas essayé plus souvent. Enfin, la fin de « Rendez-vous » est tellement remarquable qu’il faut rechercher du côté d’un film comme « Les lumières de la ville » pour en trouver une comparable : dans le film de Charlie Chaplin, la fleur est portée à la bouche, ici elle est mise à la boutonnière…

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