ROBIN DES BOIS D'EL DORADO

ROBIN DES BOIS D'EL DORADO

ROBIN HOOD OF EL DORADO

Un western de William A. Wellman

89  mn

Avec Warner Baxter, Ann Loring, Bruce Cabot, Margo, J. Carrol Naish, Eric Linden, Edgar Kennedy, Charles Trowbridge, Harvey Stephens, Francis McDonald
Scénario de William A. Wellman, Joseph Calleia, Melvin levy
Musique de Herbert Stothart
Photo de Chester Lyons
Produit par John W. Considine Jr.

RESUME
En Californie, durant la ruée vers l'or, un pauvre péon vit heureux avec son épouse lorsque des prospecteurs américains découvrent de l'or sur ses terres. Ceux-la violeront et tueront sa femme, entraînant un besoin de vengeance chez le pauvre homme.

COMMENTAIRE
Emaillé de scènes magnifiques mais saboté par une interprétation honteuse, « Robin des bois d’El Dorado » est une œuvre inégale. Rappelant Paul Muni dans des films comme « Furie noire », ou, plus tard, dans « Les trappeurs de l’Hudson », Warner Baxter surjoue désagréablement son personnage de pauvre bougre. Prenant un ridicule accent mexicain, cherchant certainement à faire ressortir l’innocence de ce péon qui deviendra un implacable vengeur, l’acteur ne parvient qu’à lui conférer l’aspect d’un demeuré, ce qui est désastreux lorsque le rôle en question est celui du héros. (Dans celui d’un bandit mexicain sans foi ni loi, J. Carrol Naish fait pire encore dans le cabotinage, mais n’étant qu’un faire-valoir cela apparaît moins critique). Ajouté à son côté affecté, Baxter, âgé de 47 ans, paraît également trop vieux pour jouer les jeunes mariés et les fringants aventuriers. La même année, dirigé par Howard Hawks dans « Les chemins de la gloire », et par John Ford dans « Je n’ai pas tué Lincoln », Baxter, toujours convaincant, est au faîte de sa popularité. Qu’est-il arrivé pour que William A. Wellman ne parvienne pas à l’exploiter lui aussi ? D’où vient un tel manque de lucidité de la part d’un réalisateur de cette trempe ? Ceci est d’autant plus étonnant qu’en tant que coscénariste, il avait la possibilité d’adapter le script à la personnalité de l’acteur ! A la vue de certains des accoutrements que porte l’acteur et de l’absence de sa moustache dans certaines scènes, on peut même se demander s’il n’y a pas une volonté délibérée de le ridiculiser ! A côté de cela, le film affiche de généreux plans de Mexicains au travail, ou faisant la fête, tandis que la bataille finale qui oppose Américains et Mexicains est un vrai moment de bravoure. Alors qu’à l’époque le cinéma hollywoodien se cantonne dans les studios, ces scènes, et les nombreux extérieurs qui les accompagnent, sont une agréable surprise. (Par nature, le western a toujours préféré les tournages en extérieur, or, depuis la fin du muet, le genre n’était plus exploité que pour alimenter les séries B. « Robin des bois d’El Dorado » fera partie de ces rares westerns de série A, sortis à l’époque, qui relanceront peu à peu le genre. Sur le thème identique de la conquête de la Californie par les Américains, « Ramona » sortira d’ailleurs quelques mois après « Robin des bois d’El Dorado »). Il convient aussi de parler d’Ann Loring dont la beauté ne peut manquer de fasciner. Pourtant, malgré son exceptionnelle photogénie, cette actrice morte en 2005 à l’âge de 91 ans, n’aura joué que dans trois films, celui-ci et deux autres très mineurs. On ne peut que le regretter. Deux scènes retiennent également l’attention, celle qui clôt le film, déchirant de romantisme, et une autre où les bandits et leurs familles, sur le point de cesser leurs méfaits, entonnent en chœur un magnifique chant. Ajoutons pour terminer que ce western prend la défense des Mexicains californiens qui se sont fait spolier leurs terres par les Américains. Ceci est d’autant plus révoltant qu’aucun Mexicain ne survivra, victimes d’une infamie - perpétrée finalement par les aïeux de ceux qui ont fait le film…

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