LA ROUTE DU TABAC

LA ROUTE DU TABAC

TOBACCO ROAD

Une comédie de mœurs de John Ford

85  mn

Avec Charley Grapewin, Marjorie Rambeau, Gene Tierney, William Tracy, Elisabeth Patterson, Dana Andrews, Slim Summerville, Ward Bond, Grant Mitchell, Zeffie Tilbury, Russel Simpson, Spencer Charters, Irving Bacon, Charles Halton, George Chandler
Scénario de Nunnally Johnson
D'après Jack Kirkland
Musique de David Buttolph
Photo de Arthur Miller
Produit par Darryl Francis Zanuck

RESUME
En Georgie, le père d'une famille de miséreux, dont la plupart des enfants sont partis faire leur vie, doit trouver cent dollars s'il ne veut pas être chassé de chez lui et emmené avec sa femme dans un hospice de vieux.

COMMENTAIRE
Il était osé d’entreprendre un film relatant la vie de demeurés dont l’absence de sentiments les assimile à des animaux. Comment s’identifier à des personnages tellement ignorants qu’ils ne connaissent pas leur âge, pas plus que le nombre de leurs enfants (17 ou 18) ? Comment s’apitoyer sur des gens tellement vils qu’ils sont prêts, par exemple, à manger en cachette les rares aliments dont ils disposent afin de ne pas les partager avec leurs enfants ? Il n’y a guère que le propriétaire ruiné incarné par Dana Andrews qui puisse avoir quelque compassion pour eux ! A l’opposé des « Raisins de la colère » dont il paraît effectuer l’antithèse ici, John Ford peint, sous la forme d’une grosse farce, une misère repoussante pour laquelle on ne ressent aucune empathie. Relevant de la moquerie, la farce en question est plutôt saugrenue ; elle est pour le moins trop pénible pour amuser. Gene Tierney en souillon idiote est à l’image d’un film qui, sans contrepartie, s’évertue à faire du laid avec du beau. « La route du tabac » est toutefois traversé de moments poétiquement magnifiques comme seul Ford en a le secret. C’est par exemple ce couple de vieux qui part pour l’hospice. Un ciel nuageux envahit l’image et leurs ombres dans le soir se détachent au bas de l’écran entre les barrières qui bordent la route. C’est encore cette mère auprès de l’âtre qui n’en revient pas que son fils - qui manque de « bon sens » - puisse devenir pasteur. D’ailleurs la mère, interprétée par Elisabeth Patterson, est le seul personnage pour lequel on éprouve quelque sympathie. Fidèle au respect qu’il a toujours eu pour la Mère, Ford lui a semble-t-il épargné le ridicule qui touche les autres protagonistes. Et pourtant ! L’univers décrit, l’intrigue, la musique, les décors, avaient toutes les qualités pour participer à un grand film. Il est dommage que les personnages soient trop triviaux et leurs excentricités trop désolantes pour engendrer quelque intérêt. Cette Amérique profonde dans laquelle évoluent des personnages déjantés, n’en annonce pas moins le cinéma des frères Coen qui sauront, pour leur part, dégager d’une situation affligeante une dimension satirique absente ici. Citons enfin l’extrait d’une lettre écrite par Nunnally Johnson, le scénariste du film, à Lindsay Anderson le 24 janvier 1955 : « C’est seulement dans « La route du tabac » qu’il (Ford) m’a semblé dérailler. Un des personnages est devenu un imbécile, ce qui a été un grand choc pour moi. D’autres encore me paraissent trop extravagants dans leur singularité. »

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