LA ROUTE SEMÉE D'ÉTOILES

LA ROUTE SEMÉE D'ÉTOILES

GOING MY WAY

Une comédie dramatique de Leo McCarey

122  mn

Avec Bing Crosby, Barry Fitzgerald, Frank McHugh, James Brown, Gene Lockhart, Jean Heather, Porter Hall, Fortunio Bonanova, Rise Stevens
Scénario de Frank Butler, Frank Cavett
D'après Leo McCarey
Musique de James van Heusen
Photo de Lionel Lindon
Produit par Leo McCarey

RESUME
@S@H@C(BF)@A@R@F.A New York, un jeune vicaire vivant avec son temps, arrive dans une paroisse catholique pour prendre la succession du vieux prêtre qui en a la charge depuis 45 ans. Ce dernier a des doutes quant au sérieux de son successeur.

COMMENTAIRE
Comment expliquer un tel déluge d’Oscars ? Pas moins de sept récompenses dans des catégories importantes (film, réalisation, premier et second rôle masculin, scénario, histoire et chanson) furent remportées par ce film d’apparence banale. Il faut dire qu’en 1944, la concurrence n’est pas particulièrement rude. Beaucoup des meilleurs films sortis cette année-là sont des thrillers (« Laura », « Assurance sur la mort », « Le port de l’angoisse », « La femme au portrait », « Hantise »), un genre traditionnellement boudé par les Academy Awards. A côté de cela on trouve toute une série de destins de femmes courageuses (« Madame Parkington », « Femme aimée est toujours jolie », « Depuis ton départ »), lesquels tentent de surfer trop ouvertement sur le succès de « Madame Miniver » - qui avait remporté de nombreuses statuettes deux ans auparavant - pour intéresser un jury à la recherche d’originalité. Restent des films ambitieux, comme « Wilson » ou « Romance américaine », en couleur de surcroît, mais dont l’échec commercial avait dû entacher le jugement du jury. Parmi tous ces films quelques-uns reçurent certes des prix, mais c’est bien « La route semée d’étoiles » qui fut unanimement reconnu comme film de l’année par la critique et le public. Un autre élément à prendre en compte pour comprendre le succès du film de Leo McCarey est le contexte politique. L’Amérique est en guerre depuis plus de deux ans et l'enthousiasme patriotique des premiers instants a fait place à une réalité sombre lorsque le film sort sur les écrans. Toutes les familles américaines, ou presque, sont touchées par la mort d’un proche, le plus souvent d’un jeune homme mort dans le Pacifique ou en Europe. On peut raisonnablement penser qu’en réaction à cette situation agressive, violente, déstabilisante, le public recherche une sérénité, une tranquillité, un réconfort dans une gentillesse affable. Il trouvera tout cela ici. Car la première chose qui surprend dans le film de McCarey, c’est son rythme lent, presque apaisant, doublé d’un climat amical. Les dialogues sont souvent entrecoupés de silences et on prend le temps d’exprimer la scène dans toute sa plénitude, à l’image de celle où le jeune vicaire chante une berceuse au vieux prêtre jusqu’à ce qu’il s’endorme. Etant avant tout formé d’une suite de scénettes indépendantes qui n’ont pas pour impératif de faire progresser une intrigue, le film serpente lentement le long de son thème principal ; un thème rendu particulièrement doux par le tempérament naturellement affable de Bing Crosby et Barry Fitzgerald. On interprète là une chanson, on s’aime ici, plus loin on joue un tour pendable, et tout cela avec humanité et gentillesse. Même lorsqu’on égratigne une mégère ou un usurier, cela est décliné sur le ton de la bonne humeur. Il est vrai aussi que le talent de McCarey est d’avoir su faire un film presque contemplatif sans jamais être ennuyeux, gentil sans être mièvre - outre celui de raconter une histoire de prêtres sans devenir mystique et prêchi-prêcha. Concernant le fond, le cinéaste aborde un thème qui paraît lui tenir à cœur et qu’il avait déjà traité de façon remarquable dans « Place aux jeunes » : un personnage âgé, en l’occurrence un vieux prêtre merveilleusement bien interprété par Fitzgerald, doit donner sa place à un jeune. Son départ après quarante-cinq ans de bons et loyaux services va former la véritable substance de l’intrigue. Plus anecdotique, profitant du talent de Crosby, le film est émaillé de morceaux musicaux, rendus tous plus beaux les uns que les autres par la présence d’un chœur de gamins. On appréciera tout particulièrement un magnifique Ave Maria que Rive Stevens, mezzo-soprano qui officie à l’époque au Metropolitan Opera de New York, interprète avec le chœur en question.

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