LA RUE SANS ISSUE

LA RUE SANS ISSUE

DEAD END

Un drame de William Wyler

89  mn

Avec Sylvia Sidney, Joel McCrea, Humphrey Bogart, Wendy Barrie, Claire Trevor, Allen Jenkins, Marjorie Main, Billy Halop, Huntz Hall, Bobby Jordan, Leo Gorcey, Minor Watson, Ward Bond, Elisabeth Risdon, Esther Dale, Marcelle Corday
Scénario de Lillian Hellman
D'après Sidney Kingsley
Musique de Alfred Newman
Photo de Gregg Toland
Produit par Samuel Goldwyn

RESUME
Dans une impasse de New York qui donne sur l'East River, se côtoient, non sans tension, des gens de la haute qui sortent par la porte arrière d'un grand hôtel, des gosses des rues toujours à l'affût d'un mauvais coup et des gangsters en mal de pays.

COMMENTAIRE
S’ouvrant avec un travelling vertical descendant, qui passe d’une vue générale des buildings de New York à une rue d’un quartier défavorisé de la ville, se refermant par le travelling inverse, le film s’intéresse, durant quelques heures, à la vie d’un microcosme isolé dans la métropole. Comme il le refera en 1951 avec « Histoire de détective », William Wyler choisit de mettre en scène un récit qui respecte une unité de temps et de lieu, un effet de style conférant un inévitable côté théâtral. Rarissime à l’époque, le décor principal où se joue la plus grande partie du film est un vaste extérieur entièrement reconstitué en studio, reproduisant une rue, ses ruelles adjacentes, son ponton donnant sur l’East River, ses façades avec escaliers de secours. Dans ce décor sophistiqué formant une impressionnante scène de théâtre, des destins fort différents, qui sont autant d’historiettes relatées en parallèle, vont se croiser entre le matin d’un premier jour et l’aube d’un deuxième. Si la mise en scène est quelque peu crispée, ce petit monde, peinture d’une humanité misérable, a quelque chose d’émouvant. Mais alors que la forme est assez artificielle, le fond porte un regard avisé, presque ethnologique, sur le quotidien de petites gens d’une rue pauvre de New York. Finalement, de ces sauvageons qui font les quatre cent coups entre deux baignades, de ces gangsters revenus ici retrouver des amours de jeunesse, de ces gens arrogants qui sortent d’un hôtel huppé, de cette femme démunie qui fait grève, de cet architecte obligé de faire des petits boulots, il se dégage une incontestable poésie. Pour ne parler que du destin le plus tragique, celui du gangster incarné par Humphrey Bogart, c’est un homme traqué à la recherche de ses racines. Pour tout amour, il retrouvera une mère qui le renie et une ex-fiancée devenue prostitué. A défaut d’une mise en scène convaincante qui pâtit d’un côté expérimental, l’intention est remarquable, ne serait-ce que lorsqu’elle prend la défense des défavorisés, une position plutôt dédaignée par le cinéma de l’époque. Cet adolescent imbu de lui, fils de bourgeois materné par une nurse française, qui retourne en guenilles pleurer dans les jupes de sa mère après s’être fait frapper et dépouiller par les gosses du quartier, affiche sans ambiguïté la préférence des auteurs.

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