LE RETOUR DU PROSCRIT

LE RETOUR DU PROSCRIT

THE SHEPHERD OF THE HILLS

Un drame de Henry Hathaway

97  mn

Avec John Wayne, Betty Field, Harry Carey, Ward Bond, Beulah Bondi, James Barton, Marjorie Main, Samuel Hinds
Scénario de Grover Jones, Stuart Anthony
D'après Harold Bell Wright
Musique de Gerald Carbonara
Photo de Charles B. Lang Jr., W. Howard Greene
Produit par Jack Moss

RESUME
Dans une région reculée, une famille de bouilleurs de cru qui vit de la contrebande d'alcool, est dirigée par une mère acariâtre. Un inconnu désire leur acheter une terre où vivait une femme morte dans d'étranges circonstances.

COMMENTAIRE
Le magnifique travelling sur un lac de montagne qui ouvre le film annonce la « couleur », et, une fois n’est pas coutume, tient toutes ses promesses. L’image est exceptionnelle pour un film de 1941. Certes, le Technicolor y est pour beaucoup, de plus il est encore peu utilisé, (la Paramount produit six films en couleur cette année-là, et elle est le studio qui en réalise le plus avec la Fox) mais les nombreuses scènes d’extérieurs filmées dans des endroits sauvages, les plans très larges permettant d’apprécier la beauté des paysages, les acteurs interprétant leur rôle sur les lieux même et non pas dans des studios en surimpression de désagréables transparents, sont aussi inaccoutumés pour l’époque. Ces caractères attrayants, qui sont avant tout des choix de production, sont encore renforcés, non seulement par un repérage minutieux, mais aussi par une exploitation des phénomènes naturels (éclairs, arc-en-ciel, nuages) ainsi que par l’adéquation - certainement très contraignante - entre le caractère de la scène et son éclairage par la lumière du jour. Un autre aspect inhabituel pour l’époque, qui relève de l’histoire celui-là, est la vision sans complaisance qui nous est donnée de cette communauté de montagnards. Les crétins côtoient les frustes. Les vieilles rancunes, l’incrédulité, les croyances superstitieuses, tout ce qui fait l’apanage de l’obscurantisme, est mentionné ici et correspond à une réalité, celle des communautés pauvres et reculées. Une réalité anthropologique qu’Hollywood à cette époque évite de voir, car susceptible de heurter. Le film est sombre : mis à part cet inconnu qui vient d’on ne sait où, pas un personnage ne semble épanoui et heureux de vivre. Tous sont hantés par des démons intérieurs. « J’aurais souhaité rester aveugle dans le noir bien propre » dit la vieille dame aveugle de naissance après avoir retrouvé la vue et découvert que ce qu’on lui offre à voir est répugnant, en l’occurrence une mère qui tue son fils. La présence de John Wayne, de Harry Carey et de Ward Bond au générique, la communauté matriarcale, la scène où Wayne se recueille sur la tombe de sa mère, font inévitablement songer à John Ford. Mais c’est pour mieux constater à quel point le cinéma d’Henry Hathaway est différent de celui de Ford. Notons par exemple que les conflits dramatiques sérieux entre les protagonistes n’existent pas chez Ford, alors qu’ils sont paroxysmiques ici, ou encore, que chez Ford tous les individus d’un groupe œuvre pour le bien de ce groupe, alors qu’ici on s’entretue au sein d’une même famille. Un autre point de divergence est l’utilisation que les deux réalisateurs font de Wayne. Il est renfrogné, sombre, aigri, vindicatif dans « Le retour du proscrit » à l’opposé des personnages qu’il interprète chez Ford, à l’exception peut-être de celui qu’il incarne dans « La prisonnière du désert », justement le film qui déroute tant les exégètes de Ford.

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