SILENCE, ON TOURNE !

SILENCE, ON TOURNE !

MOVIE CRAZY

Une comédie de Clyde Bruckman

93  mn

Avec Harold Lloyd, Constance Cummings, Kenneth Thompson, Louise Closer Hale, Spencer Charters, Robert McWade, Harold Goodwin, Mary Doran, Lucy Beaumont
Scénario de Vincent Lawrence
D'après Agnes C. Johnston, John Grey, Felix Adler
Photo de Walter Lundin
Produit par William R. Fraser

RESUME
Un jeune provincial maladroit qui rêve de devenir acteur envoit une lettre de candidature à Hollywood. Ayant par mégarde joint à son courrier la photo d'un beau jeune homme, il reçoit en retour une proposition pour passer une audition.

COMMENTAIRE
En affichant un nombre aussi important de gags d’une telle qualité, « Silence, on tourne ! » se présente comme un modèle du burlesque américain de l’ère du parlant. Il n’y a guère que dans les dessins animés de Tex Avery qu’on trouve une imagination aussi débordante ! Dans le comique de destruction dû à la maladresse, Laurel et Hardy, W. C. Fields et les Marx Brothers nous avaient habitué à des choses plus laborieuses, plus répétitives, plus faciles et appuyées. Il faudra attendre des comiques comme Jerry Lewis (on pense « Au dingue du palace » ou au « Zinzin d’Hollywood ») ou Peter Sellers dans « La party » pour flirter avec ce niveau de performance. Révélateur de la qualité du comique et de son intelligence, lorsque le gag est prévisible, les auteurs paraissent jouer avec le spectateur, créant une attente chez celui-ci, pour finalement faire jaillir la chute d’une façon imprévisible. Outre des gags comme celui de la fleur à la boutonnière d’où gicle de l’eau, un des exemples les plus remarquables de la chute qui se fait attendre, se manifeste lorsque, curieusement, le récit fait l’impasse sur les bouts d’essais que passe le héros, pour les dévoiler plus tard à l’occasion d’une projection devant un producteur tyrannique. (Cette projection permet également d’aller plus loin dans le comique, en s’amusant avec les possibilités du montage telles que l’accélération). Mais la richesse du film ne se concentre pas seulement dans la force et la densité des gags. Sur une trame relativement simple, intrinsèquement porteuse de situations burlesques, les auteurs usent d’une série incroyable de quiproquos, tous intelligemment amenés, pour faire sans cesse repartir le récit. De même qu’ils placent tout au long de l’histoire de véritables concentrés de situations burlesques (le plateau de tournage sur le quai de la gare, la rue sous la pluie, la soirée mondaine) qui dynamisent le film, ils imaginent également des relations originales entre les deux personnages principaux. La belle et jeune star incarnée par Constance Cummings tombe sous le charme du maladroit et naïf Harold Lloyd, car celui-ci ne cherche pas immédiatement à la séduire comme le feraient les autres hommes qu’elle a connu avant lui... Révélant une nouvelle fois le niveau d’élaboration de cette œuvre, la jeune star en question se fait passer pour une autre - actrice grimée en Espagnole - pour tester la fidélité du héros. Cette perfection est à mettre au crédit du génie de Lloyd, auquel il faut adjoindre le travail des deux scénaristes, John Grey et Felix Adler, collaborateurs de longue date. Mais le mérite revient de toute évidence aussi au réalisateur du « Mécano de la Général », chef-d’œuvre de Buster Keaton. Si « A la hauteur », le précédent film que Clyde Bruckman réalise avec Lloyd est plutôt décevant, - peut-être imputable à une prise en main angoissante du cinéma parlant -, « Silence, on tourne ! » laisse transparaître ce foisonnement d’idées burlesques qui caractérise l’œuvre keatonniène. Est-ce un hasard si Bruckman - qui se suicide dans les toilettes d’un restaurant dont il était incapable de payer l’addition - a collaboré au scénario des plus grandes œuvres de Keaton ?

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