LE TALION

LE TALION

WEST OF ZANZIBAR

Un drame de Tod Browning

65  mn

Avec Lon Chaney, Mary Nolan, Lionel Barrymore, Warner Baxter, Jane Daly, Roscoe Ward, Kalla Pasha, Jacqueline Gadsdon
Scénario de E.J. Clawson, Waldemar Young
D'après Clyde de Vinna
Photo de Percy Hilburn
Produit par Tod Browning

RESUME
Le magicien d'un cirque a pour assistante sa femme. Un jour, celle-ci l'informe qu'elle le quitte pour partir en Afrique avec son amant. Suite à la rixe qui s'ensuit entre l'amant et le mari, ce dernier se rompt les os et devient hémiplégique.

COMMENTAIRE
Même s’il n’a pas la réputation de « La monstrueuse parade », de « Dracula » ou encore de « L’inconnu », « Le talion » est certainement le film le plus caractéristique, et dans une certaine mesure, le plus abouti, de l’œuvre de Tod Browning. Il concentre toutes les thématiques qui font la particularité de son cinéma, et ce avec une liberté totale et des moyens importants. Monde du cirque, exotisme, personnages diminués physiquement, rapports père-fille fusionnels, sont quelques-uns des sujets qu’on retrouve tout au long de son œuvre. Outre ces éléments, il semble qu’on trouve dans « Le talion » la quintessence des obsessions de Browning. Jamais le sordide, physique, mais surtout moral, n’aura été poussé à un tel degré pour exprimer la détresse d’un homme broyé par son destin. Le gros plan final sur le visage de Lon Chaney exprime cette détresse, mais c’est avant tout son infirmité, ses projets machiavéliques, ses erreurs coupables, la noirceur de ses pensées qui traduisent véritablement cette détresse. Alors qu’il est un homme heureux, du jour au lendemain il perd sa femme et l’usage de ses jambes. Il a de quoi en vouloir à celui qui l’a mis dans cette situation et on comprend qu’il veuille se venger ! Mais tandis qu’il croit s’en prendre à la fille de son ennemi, il découvre que c’est sa propre fille qu’il maltraite… Cette figure sordide est typique de Browning. Sans aucune raison, le destin s’acharne sur un homme bon à l’origine, avec un sadisme incroyable jusqu’à le voir mort, ici, brûlé, dans « L’inconnu », piétiné par un cheval. C’est une métaphore des destinées humaines tel que les perçoit l’esprit tourmenté du réalisateur. Et il rejoint en cela les poètes romantiques. Non seulement l’infirme incarné par Chaney est condamné à subir son destin, mais en plus, tous les moyens qu’il imagine pour en alléger le poids, le poussent d’avantage vers l’abîme. Ce qui émeut véritablement, c’est qu’on décéle toujours une humanité dans ce personnage que le malheur a rendu amer et méchant.

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