TOUTE LA VILLE EN PARLE

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THE WHOLE TOWN'S TALKING

Une comédie policière de John Ford

89  mn

Avec Edward G. Robinson, Jean Arthur, Arthur Hohl, James Donlan, Arthur Byron, Wallace Ford, Donald Meek, Etienne Girardot, Edward Brophy, Paul Harvey
Scénario de Jo Swerling, Robert Riskin
D'après William Riley Burnett
Musique de Louis Silvers, Mischa Bakaleinikoff
Photo de Joseph H. August
Produit par Lester Cowan

RESUME
Un modeste employé de bureau a pour sosie un gangster notable. L'employé ne tarde pas à être arrêté par la police qui, après enquête, réalise son erreur. Elle lui délivrera alors un laisser passer dont le vrai gangster s'emparera pour circuler librement.

COMMENTAIRE
Le film révèle de façon convaincante les talents d’acteur d’ Edward G. Robinson. Interprétant deux personnages diamétralement opposés, un employé timoré et un gangster arrogant, il adapte son jeu avec une pertinence telle qu’on reconnaît précisément et immédiatement lequel des deux hommes il campe. Cette faculté à se fondre dans un personnage se révèle véritablement saisissante lorsqu’il apparaît - grâce à de savants effets spéciaux - deux fois et simultanément dans le même plan. La démarche, la gestuelle, l’élocution est si différente qu’on semble avoir affaire à deux acteurs distincts, supprimant par là même l’ambiguïté qui aurait pu apparaître dans certaines scènes, en particulier les dernières. C’est aussi l’occasion de constater que si le physique ingrat de Robinson le désigne tout naturellement à jouer des rôles de caïd - ce qui lui a permis de percer -, il est peut-être plus captivant encore lorsqu’il interprète le « monsieur tout le monde ». (La même année, exploitant certainement une technique dont elle s’est rendue maître, la Columbia produit « Le baron Gregor », un autre film où un acteur - Boris Karloff en l’occurrence - interprète deux rôles antagonistes, obligeant une mise en scène qu’on imagine compliquée lorsqu’il s’agit de montrer deux fois le même comédien à l’écran). Ceci étant, et outre cette double interprétation qui détonne dans l’œuvre de John Ford où les effets spéciaux impressionnants sont rares, l’histoire n’a rien de fordienne. Celle-ci s’articule autour d’un argument aussi original que grossier qui ne laisse entrevoir aucun trait caractéristique du maître. La scène où Robinson se saoule en compagnie de son patron et d’un journaliste est peut-être celle qui lui ressemble le plus. Le résultat n’en est pas pour autant négligeable : la réalisation et l’interprétation sans faille servent un scénario brillant écrit par Jo Swerling et Robert Riskin, auteurs de nombreux films de Frank Capra. Un mot pour signaler dans le rôle d’une secrétaire délurée, la présence de Jean Arthur qui joue là dans le premier grand film qu’on connaisse d’elle. Commençant en 1923 dans « Cameo Kirby » de Ford, il lui aura fallu 13 ans et plus de cinquante films pour véritablement percer ; sa consécration viendra l’année suivante avec « L’extravagant Mr. Deeds » et « Une aventure de Buffalo Bill ».

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