VERA CRUZ

VERA CRUZ

VERA CRUZ

Un western de Robert Aldrich

94  mn

Avec Gary Cooper, Burt Lancaster, Denise Darcel, Cesar Romero, Sarita Montiel, Ernest Borgnine, Charles Bronson, George McReady
Scénario de Roland Kibbee, James R. Webb
D'après Borden Chase
Musique de Hugo Friedhofer
Photo de Ernest Laszlo
Produit par James Hill

RESUME
Au Mexique, des mercenaires américains ont pour mission de conduire une femme à Vera Cruz. Ce n'est qu'une façade : la diligence dissimule en fait une grande quantité d'or, un trésor qui va éveiller la convoitise de deux des mercenaires.

COMMENTAIRE
Comparable aux premières œuvres de Stanley Kubrick ou d'Anthony Mann, « Vera Cruz » est filmé avec une maestria déconcertante due à un sens inné du métier de réalisateur. Robert Aldrich fait partie de ces artistes qui se démarquent dès leurs premiers films, presque malgré eux, par leur talent. A l’inverse d’un Orson Welles dont le travail relève d’une recherche artistique plus laborieuse, chez ces jeunes cinéastes, il existe une spontanéité et une impression de faciliter presque insultantes tant elles rendent laborieux tout ce qui a été fait précédemment. Sans jamais paraître ampoulé, chaque plan très personnel par sa composition, sa focale, ou son angle de vue, met les scènes en valeur tout en les plaçant dans une perspective qui forme une partition fluide, originale et enthousiasmante. Ceci implique qu’on laisse les longs dialogues dans les tiroirs et qu’on privilégie l’action. Ainsi, par exemple, la soirée chez l’empereur Maximilien n’est qu’une succession de scènes très visuelles (rapport de force avec un colonel arrogant, danse, concours de tir) alors que c’est à ce moment que le but de la mission est exposé et qu'on pourrait s'attendre à de longues tirades explicatives. On l’a compris, « Vera Cruz » est un chef-d’œuvre. Il l’est non seulement pas sa forme mais aussi par sa substance qui fait voler en éclat toutes les conventions du genre. On reste stupéfait de savoir qu’il date de 1954. Il dénote en effet des films de l’époque et il faudra attendre les années soixante pour revoir un western d’où émane une telle désinvolture et un tel cynisme. Tous les personnages sont pervertis par l’appât du gain et malgré leur déontologie douteuse n’en demeure pas moins des héros. Seule la fin rétablit la morale de rigueur en ces années cinquante. Si elle est encore hésitante, l’intention est perceptible : les auteurs cherchent à mettre à mal le manichéisme du western traditionnel et en cela rejoignent ce que le cinéma italien produira dans les décennies à venir. Le jeu de Burt Lancaster n’est pas étranger à cette impression de désinvolture et d’amoralité qui entoure le film. Il avait déjà incarné des personnages de ce type dans « La flèche et le flambeau » ou « Le corsaire rouge » mais là face à un Gary Cooper au jeu sobre, le contraste est tel que l’acteur, qui se caractérise par un fascinant sourire carnassier, est plus saisissant encore. Ajoutons qu’à l’inverse, Cooper, plutôt effacé et taciturne, tire une grande part de la force de son personnage dans l’admiration que lui porte son associé. On ne peut s’empêcher de songer de ce point de vue au tandem Richard Widmark-Cooper du « Jardin du diable ».

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